Posted by: daniellesabai | 17 November 2011

Le Parti du travail (LPP) au Pakistan est soumis à de violentes attaques. Aidez-nous à faire face

 

Farooq Tariq

Plusieurs sympathisants et membres du Labour Party Pakistan (LPP – Parti du travail du Pakistan) sont enfermés dans différents centres de détention du pays. Neuf ouvriers du textile, y compris Fazal Ilahi – un dirigeant du LPP – sont dans la prison de Faisalabad. Quinze militants sont dans celle de Gilgit, dont Baba Jan, élu au comité fédéral du LPP. Ce ne sont pas des terroristes. Ce sont des militants politiques. Pourtant, ils sont tous inculpé au nom des lois antiterroristes.

Le Premier Ministre Yousaf Raza Gilani, intervenant à Mandi Bahuldin, a affirmé le 14 novembre qu’il n’y avait actuellement pas de prisonnier politiques au Pakistan. Nous avons fréquenté ensemble l’université et je lui dit que j’en connais au moins 24, des membres et sympathisants du LPP qui se retrouvent en prison pour des raisons politiques. Il y en a bien d’autres qui se morfondent dans les centres de détention du Baloutchistan, sans parler de ceux qui ont « disparu ».

Six des neuf prisonniers politiques à Faisalabad sont condamnés par un tribunal antiterroriste à une peine honteuse de 490 ans. Leur crime est d’avoir dirigé une grève d’ouvriers du textile en 2010. Quand un patron a fait ouvrir le feu sur eux, les ouvriers ont réagi avec colère. Le patron est libre et les travailleurs sont condamnés à 490 ans [voir ci-dessous].

A Gilgit, quand la police a tiré, tuant deux personnes – le fils et son père – lors d’une manifestation exigeant une juste compensation pour les victimes d’une catastrophe naturelle au lac d’Atta Abad Lake, la population a riposté en occupant la zone. Les policiers impliqués dans la mort des deux manifestants sont libres. Cependant, Baba Jan, qui fut membre du conseil de district de Gilgit et qui est une figure militante de cette région est en prison, ainsi que 14 autres militants. Où est la justice ? [1]

A Faisalabad, c’est la Pakistan Muslim League Nawaz (PML-N, Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz) qui nous pourchasse, notamment le ministre provincial de la Justice, Rana Sanaullah, qui veut nous donner une leçon et nous punir d’avoir impulsé la construction d’un mouvement des ouvriers du textile – plus important que jamais par le passé – dans « son » agglomération [2]. A Gilgit, c’est le Pakistan People’s Party (PPP – Parti du peuple pakistanais), dont le ministre en chef de la province (chief minister), Mehdi Shah, qui veut nous donner une leçon pour nous être rangé auprès des masses révoltées de Gilgit Baltistan contre les injustices et les pratiques frauduleuses.

Nous n’allons pas céder et nous ferons face en construisant un mouvement pour la libération de ces militants politiques. Nous avons besoin de votre soutien moral, financier et politique.

Un engagement dans le développement de mouvements

Le Labour Party Pakistan, fondé en 1997, est un petit parti de gauche qui aide à la construction de mouvements sociaux et politiques dans le pays [3]. En 2000-2001, nous avons impulsé le soutien à l’association Anjaman Mozareen Punjab (AMP – Association des fermiers du Pendjab) à Okara [4]. Ce mouvement s’est affirmé comme l’un des plus beaux exemples dans l’histoire des luttes paysannes au Pakistan. Il a résisté à l’administration militaire des fermes, à occupé plus de 68000 acres de terres et il est toujours debout.

En 2003-2004, nous avons joué un rôle important dans le développement du mouvement ouvrier des métiers à tisser dans la troisième agglomération du Pakistan, Faisalabad. Le Labour Qaumi Movement (LQM – Mouvement national des travailleurs), dont les dirigeants sont membres du LPP, a conduit le combat de milliers d’ouvriers pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Ils sont maintenant attaqués.

En 2007-2008, nous avons joué un rôle dans la construction du mouvement des avocats. Nous nous sommes tous retrouvés de façon répétée en prison. Nous étions présent chaque semaine avec les avocats dans les manifestations et rassemblements, nous avons été partie prenante de la « longue marche » et nous avons été à la tête de la fameuse rebélion de GPO Chouck contre la police, à Lahore [5].

Nous sommes de ceux qui se sont opposé dès le premier jour à la main mise de l’armée sur le pouvoir du général Musharaf, à la différence de bien d’autres qui se présentent aujourd’hui comme les champions de résistance à l’establishment militaire. Presque tous les membres de la direction du LPP leadership ont été arrêté à plusieurs reprises sous le régne de Musharaf. Je fus, par exemple, arrêté douze fois durant la dictature du général Musharaf .

Construire des médias alternatifs

Le LPP s’est attaché à développer des médias alternatifs pour contrer l’influence des médias commerciales. Il a publié un hebdomadaire, Mazdoor Jeddojuhd (La lutte des travailleurs), de 1997 à 2010 sans aucun financement publicitaire. Du fait des contraintes financières, il paraît maintenant mensuellement.

Socialist Pakistan News (SPN – Information socialiste du Pakistan) a vu le jour en 2004. Avec plus de 7500 abonnés, elle est devenue la plus grande liste email du pays. Des membres du LPP travaillent bénévolement chaque jour plus d’une heure pour la modérer.

Nous participons aussi à l’équipe qui produit View Point On line, l’un des périodique en ligne les mieux lus [6].

Solidarité et secours populaires

Les sympathisant et membres du LPP ont activement levé des fonds et apporté de l’aide aux victimes en des heures difficiles, après le tremblement de terre de 2005, ainsi qu’après les pluies et inondations dévastatrices de 2010 [7].

En faisant tout cela, nous avons progressé dans la construction d’un parti politique de masse des travailleurs, dans la construction de mouvements et campagnes envitronnementales, féministes, démocratiques, socialistes – au Pakistan en particulier et globalement de façon générale.

Envoyez-nous vos dons maintenant

Nous voulons collecter au moins 500.000 roupies avant le 26 novembre 2011. Le LQM prépare pour le 26 novembre un rassemblement de protestation à Faisalabad. Nous pensons qu’il réunira des milliers de participant(e)s. Nous avons besoin de votre aide financière pour réussir cette mobilisation et pour soutenir les familles des victimes qui ont perdu leurs moyens d’existence.

Urgent : appel financier pour les “Six de Faisalabad”

Six dirigeants syndicaux de Faisalabad [8] ont été condamnés à des peines de prison se montant au total à 490 années de prison. Leur seul crime est d’avoir impulsé une grève pacifique pour une augmentation du salaire minimum telle qu’annoncée par le gouvernement. Il s’agit de Akbar Ali Kamboh, Babar Shafiq Randhawa, Fazal Elahi, Rana Riaz Ahmed Muhammad Aslam Malik et Asghar Ali Ansari. Quatre d’entre eux ont été arrêtés en juillet 2010, alors que les deux autres l’ont été en juillet 2011 sur les mêmes chefs d’accusation.

Ils sont tous des dirigeants du mouvement appelé Labour Qaumi Movement (LQM) dans les métiers à tisser de Faisalabad. Le LQM est une organisation territoriale ouvrière défendant depuis 2004 les droits des travailleurs du textile qui constituent sa base sociale dans la ville et les zones avoisinantes [9].
Le juge du tribunal antiterroriste à Faisalabad les a condamnés, le 1er novembre 2011, pour terrorisme. Il est fréquent au Pakistan que de [véritables] terroristes soient libérés par ces tribunaux et que des dirigeants ouvriers soient inculpés au nom des lois antiterroristes.

Les dirigeants syndicaux condamnés étaient accusés d’avoir incendié une entreprise durant la grève ; une accusation fabriquée de toutes pièces. Le fait est que, le jour de la grève à Thekri Wala, le 20 juillet 2010, des gangsters payés par le propriétaire de l’entreprise ont commencé à tirer sur des ouvriers qui quittaient l’usine pour réclamer de meilleurs salaires. Un certain nombre de travailleurs ont eu le courage d’entrer dans l’usine, obligé les hommes de main à arrêter d’utiliser leurs armes. Certains des gangsters ont été battus par des ouvriers en colère.

Pendant le procès, les avocats des travailleurs ont demandé comment il était possible, si elle avait été incendiée, que l’usine ait recommencé à fonctionner trois jours seulement après les incidents.

Plus de 10.000 ouvriers des métiers à tisser du district de Faisalabad sont entrés en grève le 20 juillet 2010. Ils exigeaient une augmentation du salaire minimum inscrite par le gouvernement dans la présentation du budget 2010-2011. Le gouvernement avait alors annoncé une augmentation de 17% du salaire minimum pour les travailleurs du secteur privé. Le LQM à Faisalabad, Jhang et dans d’autres districts avait poursuivi des négociations avec les patrons du textile durant les trois semaines précédant la grève.

L’incident s’est produit dans la zone de Sudhar, une banlieue industrielle de Faisalabad où un grand nombre d’usines textiles sont implantées. Cette zone est le théâtre d’une confrontation entre ouvriers et patrons depuis trois ans, du fait que les travailleurs s’y sont eux-mêmes organisés en grands nombres.

La condamnation des dirigeants syndicaux à de longues peines de prison constitue un coup dévastateur porté au mouvement ouvrier à Faisalabad et, au-delà, dans tout le pays. Personne n’avait pensé que le tribunal pourrait prononcer un jugement anti-ouvrier aussi draconien, d’autant plus que l’institution judiciaire elle-même avait été rétablie [face à la dictature Musharraff] grâce à une puissante mobilisation populaire. Cependant, le tribunal antiterroriste a décidé de cette sentence avec pour seul but d’affaiblir le mouvement des travailleurs des métiers à tisser qui devenait progressivement un symbole du militantisme de la classe ouvrière dans le pays.

L’une des principales méthodes utilisées pour discipliner les travailleurs sous le capitalisme est de les contraindre à négocier avec les patrons sous les seules conditions déterminées par ces derniers. Cela peut être fait par la force brutale de l’Etat ou en écrasant financièrement la classe ouvrière pour que le compromis reste sa seule option pour survivre au sein du système.

Les patrons ont utilisé la première méthode pour que le sort fait à ces dirigeants syndicaux serve d’avertissement à toutes personnes qui oserait lever la voix contre les injustices frappant les travailleurs. Tous nos camarades emprisonnés sont mariés et leurs familles dépendaient avant tout de leurs salaires. Ces familles se retrouvent aujourd’hui dans un grand dénuement. Elles envisagent de retirer leurs enfants de l’école dans la mesure où elles ne peuvent même plus acheter assez de biens alimentaires.

Sachant que telle est la stratégie politique des patrons pour se soumettre les travailleurs et que cela a des conséquences sévères pour les familles des dirigeants emprisonnés, le Labour Party Pakistan, the Labour Qaumi Movement, la National Trade Union Federation [10] et la Labour Education Foundation [11] lancent un appel à la solidarité financière pour apporter aide aux familles de nos camarades emprisonnés.


Pour la libération de Baba Jan et des autres détenus !, Farooq Tariq (article 22863), Pakistan : LPP leader arrested for assisting climate change victims, Human Rights Commission of Pakistan (article 22945), Pakistan/Gilgit Baltistan : HRCP urges fair deal for Attabad displaced, detainees, (article 22932), Pakistan : Free Baba Jan and all political prisoners ! et Alain Krivine et NPA (article 22942), Lettre à l’ambassadeur du Pakistan en France pour la libération de Baba Jan et des autres détenus.

 

[2] Voir notamment à ce sujet sur ESSF HRCP (article 18075), Pakistan–Urgent Appeal : In Defense of Faisalabad Power Loom Workers’ Labour Rights et (article 17980) Pakistan : HRCP alarmed over labour leader’s murder, Farooq Tariq (article 18086), Faisalabad power looms workers : The first victory et (article 17949), Pakistan : Labour Leaders killed for forming union in Faisalabad.

[3] Voir notamment à ce sujet sur ESSF (article 16762), Un regard porté sur l’expérience du LPP et de la gauche pakistanaise.

[4] Voir notamment sur ESSF (article 20965), Farooq Tariq, Pakistan : This Is Our Land, Declare 20,000 Peasants et (article 19486), Pakistan : Building and Maintaining a Peasant Movement.

[5] Voir notamment sur ESSF (article 10548), A historic Long March that fell short of picketing Parliament – Lawyer’s leadership on the road from resistance to reconciliation et Nisar Shah (article 10665), The Lawyers Movement and the question of democratic struggle in Pakistan : a brief review.

[6] http://www.viewpointonline.net/

[7] Voir notamment sur ESSF (article 18374), Pierre Rousset, La Campagne de secours populaire pour les victimes des inondations au Pakistan : un premier point d’étape et (article 2341), Au Cachemire, cinq mois après le tremblement de terre.

[8] Grand centre industriel au Pendjab, spécialisé dans le textile.

[9] Pour plus d’informations sur le LQM, voir sur ESSF (mot clé 4259), LQM (Pakistan).

[10] Fédération nationale des syndicats.

[11] Fondation d’éducation ouvrière .


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