Kunal Chattopadhyay

Le 28 février 2012, onze fédérations et quelque 5000 syndicats se sont unis pour appeler à une grève dans le secteur industriel, grève qui est finalement devenue générale. Cela malgré de nombreuses décisions de justice interdisant tout appel à des bandhs ou des hartals, c’est-à-dire à des interruptions totales de travail (des « fermetures » d’entreprises). Des initiatives sont évidemment des actions politiques dirigées contre le gouvernement par-dessus la tête des patrons ou des représentants politiques pris individuellement.

Dans un certain nombre de provinces, les gouvernements ont réagi très durement. Au Kerala, le gouvernement provincial du Parti du Congrès a déclaré que les grévistes seraient privés de salaire. Dans le Bengale–Occidental, le gouvernement du Congrès Trinamul [Parti de cet État, dirigé par Mamata Banerjee et de droite dure] a menacé de briser la grève et a obligé une grande partie des fonctionnaires à travailler, ce qui les a souvent forcés à passer la nuit à leur poste. Malgré cela quelque 35% des fonctionnaires ont déserté leur poste de travail.

L’ensemble la grève a cependant eu du succès. Les travailleurs dans des secteurs comme le charbon, les centrales électriques et la construction ont manifesté leur solidarité avec la grève des syndicats. G. Sanjeev Reddy, président de du Congrès national des Syndicats indien a déclaré : « Nous avons reçu un important soutien de la part des travailleurs des mines de charbon, des centrales électriques et du secteur des transports ». Parmi les revendications impulsées il y avait notamment celle pour des salaires égaux pour les travailleurs fixes et intérimaires.

Publiquement, les gouvernements ont tenté de donner le change et de faire figure. Ils ont déclaré que la grève avait été un échec. Mais la réalité s’est imposée avec fracas. L’association des Chambres du commerce et de l’industrie en Inde (ASSOCHAM) a déclaré qu’il n’y avait aucune justification pour cette grève. Et elle pourrait entraîner à niveau national la perte d’environ 1’000 millions de roupies (soit 18 millions d’euros) pour l’économie nationale.

Les grévistes revendiquaient un salaire minimum à niveau national, des emplois permanents pour 50 millions de travailleurs précaires, davantage d’efforts de la part du gouvernement pour restreindre les hausses du coût de la vie et de l’inflation [l’augmentation des prix des biens alimentaires, avec des fluctuations est restée, à cela s’ajoute une hausse des prix, à deux chiffres, pour les vêtements et les chaussures] et la fin des fermetures avec licenciements des entreprises publiques rentables.

A Kolkata (Calcutta), traditionnellement une place forte des syndicats, la plupart des banques, des magasins et autres entreprises étaient fermées, et les taxis et les rickshaws [véhicule tricycle à traction humaine ; motorisés ils sont appelés autorickshaws] s’étaient retirés des rues. Le métro de la ville a fonctionné normalement et le Premier ministre de Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, – connu pour ses diatribes antisyndicales et qui avait mené une campagne agressive contre l’appel à la grève – a fait venir dans la ville cent autobus de compagnies publiques. R. K. Pachnanda, le chef de la police de Kolkata, a déclaré qu’il a dû déployer 10’000 officiers de police dans la ville, y compris des unités spéciales pour le maintien de l’ordre afin de contrer les piquets des militants syndicaux devant des bureaux du gouvernement, des dépôts d’autobus et des stations de métro. Le service d’information Press Trust of India (PTI) a annoncé qu’environ 100 syndicalistes avaient été arrêtés dans différents quartiers pour avoir participé à des piquets de grève ayant bloqué les voies ferrées et la circulation en ville.

A Mumbai, la capitale financière de l’Inde, Vishwas Utagi, le secrétaire général de l’Association Pan-indienne des employés de banque a déclaré au PTI que dans le secteur bancaire « la fermeture avait été complète ». L’Unité de Transactions de la Banque centrale était également fermée, ce qui a « également affecté les banques privées et étrangères dans lesquelles nous n’avons pas d’implantation syndicale ».

A la Nouvelle Delhi, la circulation était moins dense que d’habitude et les gens qui débarquaient à la gare ferroviaire centrale cherchaient en vain des moyens de transport pour se rendre dans d’autres quartiers de la ville. A une filiale de la Bank of India, une banque publique au centre de la capitale, seul quelques employés se sont présentés à leur poste de travail. La banque était ouverte, mais aucune transaction n’a pu être effectuée. Des pendulaires se sont aussi plaints du fait que les autobus ne fonctionnaient qu’à une faible fréquence.

La grève de 24 heures a affecté l’ensemble des activités dans l’État Karnataka, y compris dans la ville de Bangalore, où les magasins, les banques, les fabriques, les restaurants et les cinémas sont restés fermés et où les transports publics et les rickshaws motorisés avaient disparu des rues. Plus de 10’000 travailleurs, représentants et délégués des différents syndicats, y compris ceux affiliés au All India Trade Union Congress (Congrès syndical pan-indien – AITUC), la Center of Indian Trade Unions (Centrale syndicale de l’Inde – CITU) et des employés de banque ont organisé des manifestations devant la mairie et sur la place historique de la ville, Mysore Bank Circle, contre les politiques anti-ouvrières du gouvernement.

A Nagpour [dans l’Etat de Maharashtra], la grève a affecté non seulement les transports et les banques mais aussi, pour la première fois depuis quelques années, l’usine d’armement à Ambhajhari. Cette usine fabrique, outre le dernier modèle de missile Pinaka, dont elle produit 24 unités par jour, des obus d’artillerie, y compris ceux de calibre 155 mm pour les canons Bofors [de la firme suédoise Bofors : dans les années 1980 et 1990, cette entreprise a été mêlée à des scandales de corruption dans lesquels était impliqué Rajiv Gandhi]. La grève a interrompu toute la production, car personne n’est venu travailler.

Les syndicats du secteur industriel, les organisations de chômeurs, les syndicats du secteur bancaire et de l’enseignement se sont associés pour cet appel à la grève générale. Dans tout le pays des enseignants à plein-temps accumulent des retards salariaux de plus de cinq ans, alors que dans le même temps on engage de plus en plus d’enseignants avec des salaires dérisoires .

Le panorama est tout aussi sinistre en ce qui concerne les fonctionnaires du gouvernement. La sous-traitance, les délocalisations et la précarisation de la force de travail qui ont commencé dans les années 1993-1994 ont entraîné une perte qui est actuellement évaluée à près d’un million d’emplois fixes. La pression était devenue tellement forte que même l’INTUC, contrôlé par le Parti du Congrès, a été obligé d’appeler à la grève, tout comme les syndicats dirigés par le Parti communiste indien, par le PC(M), par les socialistes et d’autres. D’après les syndicats, des centaines de travailleurs ont été arrêtés dans de nombreux États, avec 200 détenus à Delhi et 2000 au Jammu et Cachemire. Au Bengale-Occidental, où le gouvernement s’est opposé à la grève et a tenté de la briser, les chiffres sont encore beaucoup plus élevés.

Pendant près de deux décennies, la classe ouvrière a utilisé son pouvoir de manière très inégale. La classe dirigeante a pu faire ce qu’elle a voulu. La grève a obligé les classes dominantes à respecter à nouveau les travailleurs et à reconnaître que :

« Ils ont amassé des millions qu’ils n’ont jamais gagnés par leur travail. Mais sans notre cerveau et nos muscles aucune roue ne peut tourner. Nous pouvons briser leur puissance hautaine et gagner notre liberté en apprenant que l’unité est notre force. »

Traduit de l’anglais par A l’Encontre

Isabelle Zhang

Le 14 Janvier 2012, les taïwanais votaient pour renouveler leur Assemblée nationale et élire leur président. Ma Ying-jeou, le président sortant et président du Guomindang (KMT), a été réélu avec 51,60% des voix, contre 45,63% pour la candidate du Parti pour la Démocratie et du Progrès (PDP). Le KMT a de plus remporté la majorité absolue à l’Assemblée Nationale (60 sièges sur 113).C’est la 5ème élection directe depuis la transition démocratique en 1994. Le taux de participation à l’élection a été le plus faible depuis 1994, se situant aux alentours de 75%. Si ce résultat paraît peu étonnant, le déroulement de la campagne électorale a montré à quel point le développement politique du pays est sous influence des intérêts économiques de puissances étrangères, notamment de la Chine et des États-Unis.

Fondée sur un système bipartite, la démocratie taïwanaise a longtemps été dominée par le débat sur les relations entre Taïwan et la Chine. Le KMT a toujours insisté sur l’unicité territoriale de Taiwan et de la Chine mettant en avant le principe d’« une Chine, deux modèles ». Il vise à une réunification à long terme.

Durant la campagne, le PDP a quant à lui eu une position ambigüe sur la question de l’indépendance vis-à-vis de la Chine continentale et sur les questions de politique sociale qui préoccupent son électorat de centre-gauche (1). Le précédent mandat de Ma entre 2008 et 2012 a été marqué par un resserrement des liens avec la Chine, notamment avec la mise-en-œuvre de l’ECFA (l’accord de libres échanges commerciaux avec la Chine Populaire), le développement du tourisme de la Chine continentale vers Taïwan et l’arrivée d’étudiants chinois sur l’île. Même si les délocalisations vers la Chine avaient commencé bien avant 2008 (2), le rapprochement officiel entre la Chine continentale et Taïwan s’est traduit au niveau national par une absence de réponses politiques à la pauvreté croissante et une incapacité à construire une politique économique propre favorisant la consommation intérieure. L’investissement à Taiwan même a stagné et la précarisation du marché du travail a augmenté en raison de la prédominance de secteur tertiaire.

Tsai Ing-wen, la candidate du PDP à la présidentielle et spécialiste du droit commercial, est le symbole d’un courant moins radical sur l’indépendance de jure de Taiwan. Son image incarne moins la tradition populaire du DPP et semble plutôt vouloir séduire les électeurs du centre. Elle paraît moins convaincante pour les classes populaires, les électeurs traditionnels du PDD. Le défi principal de Tsai pendant la campagne était de fournir un programme économique à la fois protectionniste (qui pourrait réduire la dépendance économique à l’égard de la Chine) et réaliste (étant donné que la Chine est déjà le principal « partenaire économique » de Taïwan), afin de garder les votes des électeurs traditionnels et gagner ceux des centristes.

L’un des points marquant de la campagne présidentielle a été la quasi absence de débat concernant la politique intérieure. En effet, la campagne du KMT n’a reposé essentiellement que sur 2 sujets : d’une part, la stabilité politique entre Taiwan et la Chine afin de garantir les performances économiques; d’autre part, des accusations de corruption à l’encontre de la candidate rivale Tsai durant le précédent mandat de Chen Shui-Bian (3).Tsai a cherché de son côté à apparaître comme la candidate des classes moyennes et populaires, sans succès (4).

Tandis que Pékin restait exceptionnellement silencieux pendant la campagne, au dernier moment, les grands entrepreneurs ont apporté leur soutien au KMT afin de défendre leurs intérêts économiques. Ainsi Guo Tai-ming, PDG de Foxconn, théâtre de vagues de suicides des jeunes travailleurs chinois depuis 2010, a déclaré publiquement préférer la « stabilité » politique, et a encouragé ses employés taïwanais expatriés en Chine à rentrer à Taiwan pour voter. De même, Wang Xue-hong, PDG d’HTC et l’entrepreneuse la plus riche de Taiwan, a appelé à des « relations pacifiques entre Taiwan et la Chine » à la veille du vote. Leur positionnement révèle bien à quel point les intérêts des capitalistes taïwanais sont convergents avec ceux des pouvoirs politiques des deux côtés du détroit de Formose. C’est pourquoi Pékin n’a plus besoin d’intervenir par la menace militaire, comme il avait tenté de le faire en 2000 – il lui suffit de laisser entendre que voter pour le PDP causerait des dommages à l’économie taïwanaise.

Du côté des États-Unis, le gouvernement d’Obama a aussi joué sa carte dans les élections à Taiwan. Une semaine avant le jour du vote, une délégation de Washington est arrivé à Taiwan et a annoncé que « si Ma est réélu, Washington et Pékin seront rassurés ». La délégation a ensuite appelé à respecter le « Consensus de 1992 (5)» qui définit Taiwan et la Chine comme un même pays. Ces propos montrent la réticence croissante des États-Unis à intervenir dans les relations entre Taiwan et la Chine et à se confronter à l’Empire du Milieu.

Certes, les facteurs internationaux n’expliquent pas à eux seuls les résultats. Les résultats des législatives et la formation d’un front soudé pour l’indépendance exprime un désaccord avec la politique de Ma, ce qui se traduit aussi par la perte de 800.000 votes en comparaison avec les élections de 2008 (6). De plus, la baisse du taux de participation semble témoigner d’une désillusion des citoyens pour une démocratie qui reste sous contrôle. Entre un parti conservateur et un parti hésitant entre un nationalisme radical et une approche plus « centriste », les frustrations du peuple sont loin d’être écoutées.

Pour terminer, évoquons un débat actuel qui concerne l’avenir de ce régime démocratique « unique »  dans le monde chinois. Une semaine après la réélection de Ma, le gouvernement KMT a annoncé la reprise des négociations sur l’accord de libres échange entre Taiwan et les USA (TIFA). Cet accord a bloqué en particulier sur la question de l’importation à Taïwan de bœuf aux hormones des États-Unis. Il semble difficile de ne pas voir de liens entre les intérêts économiques des États-Unis et le maintien au pouvoir de KMT. Avec cette logique, la santé publique est sacrifiée au nom de la conquête politique et le bien-être de citoyens est un enjeu subordonné aux intérêts économiques.  Si ce scénario n’est pas propre à Taiwan actuellement –on peut faire un parallèle avec la lutte en Grèce et la répression de ces citoyens-il n’est pas possible de combler ce déficit démocratique sans une mobilisation d’ampleur, pour remettre l’intérêt de l’Humain au centre de la discussion politique, et favoriser les besoins du peuple par rapport à ceux du capital transnational.

Notes

1. Le PDP est né de luttes à la fois pour la démocratie et pour l’indépendance de jurede Taiwan à partir des années 1970. Il rassemble différents courants qui ne donnent pas la même importance à l’indépendance de Taiwan, aux mouvements sociaux et à la démocratie sociale. Ainsi, les électeurs du PDP issus des milieux populaires valorisent la question nationale, alors que les centristes sont convaincus de l’importance de questions telles que la protection environnementale ou l’égalité entre les genres etc, mais ne sont pas forcément pour l’indépendance.

2. La réforme économique de la Chine continentale des années 1990 a cherché à attirer les investissements en provenance de Taiwan et Hong Kong. 14 « zones économiques spéciales » ont ainsi été établies dans ce but dans des villes côtières du sud de la Chine continentale. Cela a eu pour conséquence une désindustrialisation croissante de Taïwan à partir de 1996.Même quand le climat politique était défavorable à cette tendance, par exemple lorsque le PDP était au pouvoir entre 2000 et 2008, beaucoup d’entrepreneurs ont choisi de se faire enregistrer à Hong Kong ou dans des pays d’Asie du Sud-est pour investir en Chine.

3. Chen Shui-bian a été Président de Taiwan entre 2000 et 2008. Il a été mis en prison à la suite d’un scandale de la corruption. Tsai était membre de son gouvernement et le Guomindang a révélé un investissement dans une entreprise biopharmacie semi-publique en 2007 pour accuser Tsai de corruption.

4. Washington Post 11 Nov 2011, Taiwan opposition builds campaign with shiny, tiny piggy banks in bid to unseat President Ma.

5. Accord établi en 1992 après une négociation diplomatique historique entre Taiwan et la Chine. Les deux côtés se sont mis d’accord sur le fait que Taiwan et la Chine « forment une seule Chine ». Si pour Pékin la Chine symbolise sans doute la Chine Populaire, Taipei pourtant joue sur l’ambiguïté ; plusieurs présidents ont même essayé de nier ou réinterpréter cet accord. Pendant l’élection de 2012, Ma a proposé de faire un référendum de la paix entre Taiwan et Chine sur la base du « Consensus de 1992 » en précisant que Taiwan ne déclarera « ni indépendance, ni réunification, ni la guerre » pour garantir la stabilité économique. Ce faisant, il a aussi forcé le PDP à s’exprimer sur le « Consensus de 1992 ».

6. Le KMT a perdu 20 sièges à l’assemblée nationale. Par ailleurs, le parti ultra-indépendantiste, « Union pour la solidarité Taïwanaise », a gagné 3 sièges. Leur visibilité montre l’importance que revêt l’indépendance parmi certaines populations.

Posted by: daniellesabai | 11 March 2012

Un an après la catastrophe nucléaire de Fukushima

Kenji Kunitomi

Un an a passé depuis l’immense tremblement de terre et le tsunami qui ont violemment touché et détruit des villes et des villages de la côte Nord-est  du Japon. Environ 20 000 personnes sont mortes ou disparues, 341 000 ont été évacuées et de nombreuses personnes qui vivaient dans les zones affectées ont perdus les biens qui constituent les bases de l’existence au quotidien, comme leur maison, les transports publics, la santé, leur emploi et leur communauté.

De plus, l’épouvantable accident nucléaire à Fukushima Dai-ichi (n°1) a entraîné une situation encore plus dévastatrice pour la population de la préfecture de Fukushima. Le nombre de personnes évacuées, près des villes et des villages aux environs de la centrale nucléaire de Dai-ichi a atteint le chiffre de 100 000. Ils ne pourront pas retourner dans leur ville pendant plusieurs décennies, en fait pendant une période indéfinie, à cause de la contamination radioactive de la terre, des rivières, de la mer et de l’air.

Le désastre nucléaire de Fukushima est loin d’être terminé. Les retombées radioactives causées par l’explosion de la centrale nucléaire diffusent continuellement des déchets radioactifs dans les environs de la centrale et cela va engendrer des effets fatals en particulier sur la santé des femmes enceintes et des enfants.

Néanmoins, le Premier ministre Yoshihiko Noda du DPJ (Parti démocratique du Japon) a déclaré en décembre dernier que le « refroidissement du réacteur en fusion de Dai-ichi était achevé ». Cependant, de nombreux experts craignent que cette déclaration du gouvernement n’est d’autres objectif que de d’apaiser la colère grandissante de la population concernant l’accident nucléaire et qu’elle pourrait détourner l’attention des menaces qui sont toujours bien réelles en ce qui concerne la sureté des réacteurs.

Actuellement, 52 des 54 réacteurs japonais sont à l’arrêt principalement pour effectuer une révision périodique ou pour effectuer un contrôle de leur sécurité. Les deux réacteurs encore en fonction vont aussi être arrêtés à la fin du mois d’avril. Pour éviter cette situation, le gouvernement et les capitalistes tentent de faire croire à une possible « pénurie de ravitaillement de l’électricité » dans une campagne qui jour sur l’anxiété populaire et qui laisse entendre que ce serait un désastre pour le bon rétablissement économique du Japon en entraînant une aggravation du chômage, etc…

Pour sauver les centrales nucléaires, le gouvernement DPJ et les capitalistes sont prêt à réactiver de nombreux réacteurs nucléaires après les avoir déclarés sûrs grâce à des “spécialistes” cooptés. Sous pression du lobby nucléaire, le gouvernement a aussi promis le maintien de la politique d’exportation du nucléaire japonais.

Peu après la catastrophe de Fukushima, les japonais ont pris conscience de l’absence de fondements des campagnes sur « la sureté et la propreté » de l’énergie nucléaire. Des mères d’enfants et des jeunes qui n’avaient jamais participé à des manifestations jusqu’à l’accident ont été de plus en plus mobilisés, un phénomène en boule de neige.

Celles et ceux qui se sont mobilisés pour la première fois ont le sentiment très fort qu’ils sont « trompés par les médias dominants” et ils ont rejoints les manifestations à travers les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook.

Depuis septembre dernier, un sit-in et une tente devant le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie ont attiré beaucoup de monde, en particulier « les femmes de Fukushima contre les centrales nucléaires ». Cette tente contre le nucléaire et devenu un des symboles de la colère du peuple contre le gouvernement et la classe dirigeante. Ce phénomène nouveau s’inscrit dans le contexte du mouvement « Occupy the Streets » partout dans le monde, avec ses particularités propres.

La manifestation contre les centrales nucléaires, le 11 septembre dernier, six mois après la catastrophe nucléaire a mobilisé 60 000 personnes à Tokyo. Le 11 mars 2012, les syndicalistes, les militants de la paix, les groupes civiques, les organisations de paysans et de pécheurs appellent à un grand rassemblement contre les centrales nucléaires. Ils demandent des compensations pour toutes les personnes qui ont été affectées, l’arrêt des centrales nucléaires, etc… Il y aura de nombreux rassemblements et manifestations dans tout le pays le même jour.

Nous espérons que ce mouvement social au Japon, en solidarité avec les personnes affectées par le tremblement de terre, le tsunami et la catastrophe nucléaire, permettra un changement des rapports de forces à travers le développement d’un mouvement anti-nucléaire.

Traduit de l’anglais par Danielle Sabai


Posted by: daniellesabai | 3 March 2012

Réengagement US en Asie Pacifique

Réengagement US en Asie Pacifique

Posted by: daniellesabai | 29 January 2012

Quel vent nouveau souffle en Birmanie ?

Libération de prisonniers politiques

Danielle Sabai

Que se passe-t-il en Birmanie ? Le 12 janvier une amnistie présidentielle a permis la libération d’environ 300 prisonniers politiques. Un geste fort qui semble vouloir indiquer dans le pays et à la communauté internationale que la Birmanie prend le chemin de la démocratie. Cette annonce s’inscrit dans un contexte politique de changements significatifs à au moins trois niveaux : sur le terrain politique et les relations avec l’opposition, avec les groupes ethniques armés en guerre contre l’État et au niveau des relations internationales.

Ces changements sont révélateurs d’un tournant dans la situation du pays qui n’a connu entre 1962 et mars 2011 que des dictatures militaires. Mais alors qu’il y a encore un an, le pays était dirigé par une junte militaire prédatrice et l’un des pays les plus fermé au monde, il est difficile d’imaginer que les militaires birmans se soient convertis à la démocratie. Quelles sont alors les motivations qui les poussent à entamer des réformes qu’ils ont refusées pendant des décennies ? Quelles sont les perspectives réelles de démocratisation et d’amélioration des conditions de vie du peuple birman ?

Changements politiques et relations avec l’opposition

Les premiers changements politiques significatifs ont eu lieu avec les élections du 7 novembre 2010, présentées comme l’aboutissement d’une « feuille de route vers la démocratie » initiée par la junte militaire en 1993 et relancée en 2003. Loin d’un processus démocratique, les élections étaient étroitement contrôlées. Le principal parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et plusieurs partis représentant des groupes ethniques avaient été dissous ou empêchés de présenter des candidats.

A la suite des élections, un gouvernement semi-civil a vu le jour en mars 2011. Il est composé d’un nombre important d’anciens militaires. Le nouveau Président Thein Sein était lui-même un général et le dernier Premier ministre de la junte avant d’occuper ses nouvelles fonctions.

Rompant avec les méthodes employées par la junte militaire lorsqu’elle était directement au pouvoir, le nouveau gouvernement a cherché à établir des relations avec l’opposition et en particulier avec Aung San Suu Kyi. Des rencontres officielles ont eu lieu au plus haut niveau de l’État. Deux premières rencontres ont eu lieu l’été dernier entre Aung San Suu Kyi et le ministre Aung Kyi. Les discussions entre les deux parties n’ont pas été dévoilées dans le détail mais il semble qu’Aung San Suu Kyi et Aung Kyi auraient discuté de la nécessité d’obtenir des aides humanitaires supplémentaires pour améliorer le sort de cette nation très appauvrie. Des questions plus conflictuelles comme le sort des prisonniers politiques où la constitution de 2008 auraient aussi été abordées (1). La deuxième rencontre a été suivie d’une déclaration commune faisant état de la volonté des deux partis « de coopérer en recherchant la stabilité et le développement national », « d’éviter les points de vue conflictuels et de  coopérer sur une base réciproque » (2). Un nouveau seuil a été franchi le 19 août 2011, lorsqu’Aung San Suu Kyi a été invité par le Président Thein Sein lui-même. La rencontre avait une portée hautement symbolique et les deux participants ont été photographiés sous un portrait d’Aung San, père de Suu Kyi et héros national de l’indépendance birmane.

A la suite de cette rencontre Suu Kyi a déclaré qu’elle croyait sincère la volonté du Président Thein Sein de démocratiser le pays et elle s’est dit prête à assumer un rôle dans le gouvernement après les élections partielles qui auront lieu le 1er avril 2012. Récemment, la LND a été réenregistrée officiellement après avoir été dissoute en 2010 et Aung San Suu Kyi a annoncé sa candidature lors des prochaines élections.

Les révoltes de 1988 et de 2007 ont conduit à des bains de sang et à une répression très dure. Dans un contexte où l’opposition birmane est très affaiblie, Suu Kyi semble faire le pari que de réelles évolutions sont possibles en soutenant les changements actuels, même s’ils sont encore très limités.

Parallèlement à la détente avec l’opposition, le gouvernement a évolué sur la question des droits humains et des libertés démocratiques. Les partis politiques et les syndicats sont maintenant autorisés ainsi que le droit de grève, même si cela ne se matérialise pas réellement dans la pratique. Le gouvernement a aussi mis en place une commission pour les droits humains, reconnaissant de ce fait qu’il y a des problèmes de cette nature en Birmanie. Une première.

Le gouvernement a aussi levé l’interdiction de certains sites internet et de radios d’opposition comme The Irrawaddy, la BBC, Democratic Voice of Burma, Radio Free Asia. Ils sont maintenant accessibles depuis la Birmanie même si cela reste épisodique. Après 23 ans de censure, Suu Kyi a été autorisée à publier un article dans le journal Pyithu Khit News et le journal The Messenger a fait sa Une avec une interview de la lauréate de la paix.

Enfin, la libération de 651 prisonniers a retenu l’attention au niveau international. C’est une des conditions imposées par les puissances occidentales pour la levée des sanctions économiques. Des figures importantes de l’opposition comme le dirigeant de Génération 88, Min Ko Naing, le dirigeant ethnique Shan U Khun Tun Oo et le dirigeant des moines U Gambira en ont bénéficié.

Mais selon l’Association d’Assistance aux Prisonniers Politiques Birmans (AAPPB), seuls 272 des 651 prisonniers libérés seraient des prisonniers de conscience. Leur libération s’est faite « en vertu de l’article 401 (1) du code de procédure pénale, qui implique que ces libérations sont sous conditions. Selon cet article, les peines des prisonniers sont suspendues mais pas annulées. Ils peuvent donc à tout moment être arrêtés de nouveau et forcés à purger le reste de leur peine initiale »(3).   Les prisonniers politiques n’ont reçu aucune excuse du nouveau gouvernement pour les injustices dont ils ont été victime, certains ayant été emprisonnés plus de 20 ans. Il resterait environs 1000 prisonniers politiques en Birmanie, non reconnu comme tels par les autorités birmanes.

Shan rebel

Vers un règlement des conflits ethniques ?

La situation politique birmane est cependant bien plus complexe qu’un jeu entre le gouvernement et les militaires d’un côté, l’opposition démocratique birmane de l’autre. Pratiquement depuis l’indépendance en 1948, la Birmanie a été affligée par des conflits armés entre des minorités ethniques et l’État dirigé par des birmans. Les groupes ethniques revendiquaient le droit à l’autonomie et s’opposaient aux nationalistes birmans dont le but était l’établissement d’un État unitaire centralisé. Certains conflits entre des groupes ethniques et la Tatmadaw (armée birmane) n’ont pas cessé depuis plus de 60 ans, causant des pertes en vies humaines immenses et empêchant le développement économique de régions entières.

Au début des années 90, la junte militaire a signé une série de cessez le feu avec 17 groupes ethniques parmi les plus importants et de nombreuses factions. La situation s’améliora dans certaines zones mais, les cessez-le feu ne furent jamais suivis de pourparlers qui auraient conduit à une paix durable. Les revendications des minorités ethniques à la base des conflits ne furent jamais discutées.

La situation avec les groupes armés ethniques s’est à nouveau considérablement détériorée en 2009. Alors que la junte se préparait à opérer sa mutation en gouvernement civil, les militaires ont voulu imposer aux groupes armés d’intégrer une nouvelle force de gardes frontaliers qui les auraient placés sous le commandement de l’armée régulière. La plupart des groupes armés refusèrent et en représailles, la junte déclara nuls tous les cessez le feu antérieurs.

Dans les mois qui ont suivi, des conflits reprirent y compris dans des zones où un cessez le feu avait été respecté depuis de très nombreuses années. Depuis la mise en place d’un gouvernement civil, la situation sur le terrain ne s’est en rien améliorée, le nombre de personnes déplacés à cause d’attaques ou d’abus dans les zones de conflits a doublé passant d’une moyenne annuelle de 70 000 à presque 150 000.

Au mois de septembre 2011, la situation a pris un tour nouveau. Le Président a reconnu l’importance de la question ethnique et offert d’ouvrir le dialogue avec l’ensemble des groupes armés. Il a en particulier abandonné l’intégration des groupes dans les forces frontalières comme condition préalable à tout accord(4). Trois principaux groupes ethniques ont depuis signé un accord de cessez le feu et des contacts ont été établis avec la plupart des groupes ethniques armés. Sur le terrain la situation reste cependant conflictuelle. Les groupes armés restent très méfiants et sceptiques sur les réelles intentions du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que des accords de cessez le feu ont lieu et aucun n’a jamais conduit à une paix durable.

Aucun État démocratique ne verra le jour en Birmanie sans que soient prises en comptes les demandes spécifiques des groupes ethniques qui représentent environ un tiers de la population du pays. Les minorités, ethniques ou religieuses mais aussi les populations d’origine indienne ou chinoise, subissent des discriminations et ne sont pas traitées à l’égal de la majorité birmane. Une paix durable ne pourra se faire sans que soient prises en compte leurs revendications qui portent sur l’égalité des droits, l’autonomie et le développement économique et la question du fédéralisme de l’État birman.

Évolution des relations internationales

Les réformes ont aussi eu des conséquences sur les relations de la Birmanie avec ses voisins et en premier lieu avec la Chine. La junte militaire a toujours maintenu des liens très forts avec Pékin. La Chine a investi des milliards de dollars dans le pays en infrastructures et en contrats d’achats des matières premières sans que la population birmane n’en tire de bénéfice. Parmi les grands projets, Pékin avait entrepris en 2009, la construction du gigantesque barrage de Myitsone sur la rivière Irrawaddy, dans l’État Kachin. 90 % de la production devait être acheminé dans le Yunnan dans le sud de la Chine. Dès la signature du contrat en 2006, le projet a rencontré une opposition très forte, en particulier parmi les Kachin. Mais avec la libéralisation en cours, les critiques ont eu un écho au niveau national. Devant la force de l’opposition, le Président a préféré suspendre sine die la construction du barrage sans même prévenir Pékin. Cette décision semble aussi indiquer une volonté du gouvernement d’élargir ces soutiens au niveau international et de ne pas rester trop dépendant de Pékin.

Les relations de la Birmanie au sein de l’Asean sont aussi en pleine évolution. Le gouvernement a obtenu la présidence tournante de l’Asean en 2014, deux ans avant son tour. Cette position internationale devrait lui permettre d’assoir sa légitimité en Birmanie avant des élections générales qui doivent se tenir en 2015.

Un marché économique convoité

L’amnistie des prisonniers de conscience, le dégel des relations avec les opposants politiques et les évolutions sur le terrain des libertés démocratiques ont été salués comme des « avancées majeures » aussi bien par des opposants dans le pays que par la communauté internationale.

Les réformes du gouvernement, encore impensables il y a un an ne sont cependant pas le résultat d’une conversion à la démocratie. Le Président Thein Sein recherche en priorité la levée des sanctions économiques qui permettraient le retour des investissements occidentaux dans le pays. Les changements entrepris par le nouveau gouvernement interviennent dans un contexte économique très dégradé. La junte au pouvoir n’a eu d’autre vision pour le pays que son enrichissement personnel, pillant et détournant les richesses de ce  pays riche d’abondantes ressources naturelles.  Après 60 ans de dictatures militaires, le pays est exsangue et parmi « les moins développés au monde » (source Nations unies). L’arriération économique est telle qu’il est sans doute maintenant impossible de continuer à s’enrichir sans entamer de réelles réformes économiques.

De leur côté, les grandes puissances occidentales enregistrent chaque nouvelle mesure aussi limitée soit-elle, comme une avancée vers la démocratie pour justifier leur retour dans le pays. Le développement de la Birmanie est un marché potentiel immense qui aiguise les appétits des multinationales. La Birmanie est riche de ressources naturelles (bois de construction, minerais, pierres précieuses, gaz et pétrole entre autres), elle est située à un carrefour stratégique entre l’Inde et la Chine avec un accès à l’océan indien. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi on assiste à un défilé de représentants des puissances occidentales (États-Unis, Australie, Union européenne, Grande Bretagne, France, Norvège…) qui font les VRP des grandes entreprises nationales et multinationales.

Les militaires semblent vouloir assurer une transition politique qui les maintiendraient aux commandes de l’économie et des affaires, tout en présentant un visage enfin acceptable par les puissances occidentales susceptibles d’investir dans le pays. Mais le passage d’une dictature militaire à une démocratie (de façade) n’est pas chose aisée. Le Président Thein Sein a passé un accord avec Suu Kyi pour pouvoir mener des réformes sans bouleversements de la rue. Il donne des gages aux puissances occidentales qui n’attendent que la levée des sanctions pour investir dans le pays. Mais le mouvement social qui s’est développé autour du barrage de Myitsone semble indiquer que la chose pourrait ne pas être aussi aisée.

Notes

1- Aung Zaw. The Eye of the Storm. The Irrawaddy Magazine. Vol 3. Sept. 2011
http://issuu.com/irrawaddy/docs/irr_vol.19no.3_sep2011_issuu/19?viewMode=magazine&mode=embed

2-   International Crisis Group. Briefing n°127 – Major Reform Underway. p.3

3-Update : Amnistie du 12 janvier 2012. Info Birmanie. http://www.info-birmanie.org/web/index.php?option=com_content&view=article&id=413:update–amnistie-du-12-janvier-2012-&catid=16:communiques-de-presse-et-tribunes&Itemid=22

4- International Crisis Group. Report 214 Myanmar- A New Peace Initiative

Click to access 214%20Myanmar%20-%20A%20New%20Peace%20Initiative.pdf

Posted by: daniellesabai | 11 January 2012

Microfinance : Mythes et réalité

Danielle Sabai

Depuis une quinzaine d’année, la micro-finance a été plébiscitée comme un moyen essentiel de sortir de la pauvreté par les institutions internationales comme la Banque mondiale (BM) et le Fond monétaire international (FMI). Selon Muhammad Yunus, concepteur du microcrédit, et récompensé pour cela par le prix Nobel de la paix en 2006, avec le microcrédit, la pauvreté devait être reléguée dans une section du musée de l’Homme.
A partir des années 90, le concept a eu un véritable succès et s’est développé dans de nombreux pays en développement en Asie, puis en Amérique Latine et en Afrique. Aujourd’hui, il existe plus de 3000 institutions de microcrédit et avec la crise on voit ces officines se développer aussi dans les pays développés.

Des événements récents ont jeté une toute autre lumière sur la micro-finance et ses effets sur la pauvreté. A l’automne 2010, une vague de suicide a eu lieu dans l’État indien de l’Andhra Pradesh qui a le plus fort taux d’institutions de micro-finance en Inde. Plus d’une trentaine de paysannes ayant eu recours au microcrédit se sont suicidées parce qu’elles ne pouvaient plus faire face aux remboursements. Une première vague de 200 suicides avait déjà eu lieu en Andhra Pradesh en 2006 pour les mêmes raisons.
Au Bangladesh, Muhammad Yunus et Sheikh Hasina Wajed, la Première ministre, se sont affrontés pour le contrôle de la Grameen Bank, la principale institution de micro-finance, fondée en 1983 par Yunus. Le 2 mars, Yunus a été renvoyé de la banque malgré une bataille engagée jusqu’à la cours suprême et malgré le soutien que « le banquier des pauvres » a reçu de « puissants » tels que James Wolfensohn, ancien directeur de la BM, Hillary Clinton et Nicolas Sarkozy…L’image du microcrédit semble durablement écorné.

La belle histoire du microcrédit selon Yunus

Dans les années 70, Muhammad Yunus (1) était économiste à l’université de Chittagong. La grande famine qui toucha le Bangladesh en 1974-75 lui aurait fait prendre conscience du gouffre existant entre les théories économiques qu’il enseignait et la réalité vécue par des millions de bangladais. Une prise de contact avec des habitants de Jobra, un village proche de Chittagong lui aurait permis de « comprendre » que tous ces paysans étaient enfermés dans un cercle vicieux de pauvreté parce qu’ils ne disposaient pas d’un minimum de fonds pour pouvoir s’en sortir. Un dollar pourrait suffire à sortir de ce cycle infernal mais les paysans, exclus du système bancaire traditionnel, se retrouvaient à la merci d’usuriers dont les conditions pour emprunter les enfonçaient encore plus dans la pauvreté.

Yunus aurait alors décidé de prêter aux pauvres et comme les banques refusaient d’accorder des crédits, il se serait porté garant pour les emprunts effectués. Cette expérience ne pouvait toutefois se réaliser à grande échelle, ce qui le conduisit à fonder une banque spéciale pour les pauvres en 1983. Ainsi naquit le premier établissement financier de microcrédit, la Grameen Bank, gram signifiant village en bengalis.

La Grameen Bank

Le site de la Grameen Bank (2), nous renseigne sur les principes fondateurs et le fonctionnement du microcrédit.
Le premier principe affirme que le crédit est un droit humain. Rien de moins. Ainsi, la Grameen banque remplirait une mission humanitaire en offrant aux familles pauvres, particulièrement à des femmes, un accès à un droit universel. Le crédit est délivré afin de permettre l’auto-entreprise (il s’agit de micro-entreprises) pour générer des revenus ou pour permettre l’accès au logement. Il est spécifié qu’il ne s’agit pas de crédits à la consommation.

Pour obtenir un crédit, l’emprunteur doit rejoindre un groupe d’emprunteurs « solidaires ». L’emprunt n’est pas basé sur un contrat légal mais sur la « confiance » avec la banque et entre les membres du groupe. Le crédit est obtenu parallèlement à un programme obligatoire et volontaire d’épargne de la part des emprunteurs.

Le résumé chiffré de la banque peut donner le vertige pour un pays aussi pauvre que le Bangladesh.
En mars 2011, le nombre d’emprunteurs atteignaient 8,36 millions parmi lesquels 97 % de femmes. La banque a 2565 branches et travaille dans 81 379 villages du Bangladesh. Le nombre d’employés de la banque s’élève à 22 289. Depuis sa création, Grameen a déboursé l’équivalent de 10,52 milliards de dollars en emprunt et 9,32 milliards ont été remboursés. Entre avril 2010 et mars 2011 le montant des emprunts s’est élevé à 984,34 millions de dollars.

Depuis 1995, la Grameen Bank ne reçoit plus de fonds privés. Elle s’autofinance à 100 % à partir de ses dépôts. Plus de 55% des dépôts proviennent de l’épargne des emprunteurs eux-mêmes et le montant total des dépôts représente 147% des emprunts. Ce sont donc les pauvres eux-mêmes qui financent les emprunts.

Tous entrepreneurs à compte propre

Selon Mohammed Yunus et les partisans du microcrédit, la pauvreté n’est pas le résultat d’une exploitation outrancière mais le fait de l’exclusion des plus démunis du système capitaliste. « La pauvreté découle de l’incapacité des travailleurs à bénéficier des fruits de leur labeur, parce qu’ils n’ont pas le contrôle du capital » (3). Il manque la petite impulsion monétaire qui permettrait à des millions de pauvres de part le monde de se transformer en autant d’entrepreneurs à compte propre.
« Ce qu’il faut, ce sont des changements structuraux réels pour que les pauvres puissent accéder au marché de la même façon que les riches ».
« La pauvreté peut être éliminée, partout sans attendre. C’est uniquement une question de volonté politique. On ne supprime la misère qu’en donnant aux plus démunis les moyens de contrôler eux-mêmes leur destin. Ce n’est pas le travail en lui-même qui élimine la pauvreté, mais le capital dérivé de ce travail… ».

Pour résumer la philosophie de Yunus, la pauvreté pourrait être éliminée en aidant les pauvres à se transformer en auto entrepreneurs, ce que nous serions tous en puissance. La seule différence entre une femme bangladaise et un directeur d’entreprise serait l’accès au capital. Il faudrait donc permettre à tous ceux qui en sont privés, l’accès au marché et au système bancaire.

Un business sur le dos des pauvres

L’insuffisance du système bancaire et la demande croissante de crédits des ménages pauvres ont favorisé le développement des institutions de microcrédit. En Inde (4) par exemple, le gouvernement évaluait en 2005 le nombre de personnes exclues du système bancaire traditionnel à près de 300 millions. Selon lui, 70% de la population rurale n’avait pas de compte de dépôts, 87% n’avait pas accès aux crédits bancaires et 55,1% des pauvres empruntaient de manière informelle (famille ou amis).

Le créneau est très profitable. C’est un business qui permet de faire beaucoup d’argent sur le dos des pauvres. L’investissement dans une institution de micro-finance donne une rentabilité des capitaux propres d’environ 20%. Le taux de remboursement des prêts est supérieur à 95%. Cela ne provient pas du fait que les pauvres seraient plus honnêtes que les autres et donc se feraient un point d’honneur à rembourser leur crédit. A la suite de la vague de suicides en Andhra Pradesh, les méthodes des institutions de microcrédits ont été mises en lumière et dénoncées: Des taux excessifs allant de 24% à 36% (mais pouvant avoisiner 75% comme c’est le cas de Compartamos Banco au Mexique) ; Des agents de prêts, rémunérés en fonction du nombre de clients, poussant des personnes insolvables à emprunter ; Le harcèlement physique et moral pour recouvrer les traites impayées…

Un projet d’essence néolibérale

Avec le microcrédit, nulle contestation de l’ordre établi, nulle proposition alternative au modèle capitaliste pour lutter contre la pauvreté. Pire, l’idée selon laquelle « l’aide sociale distribuée par de nombreux pays industrialisés, dont la France, permet aux démunis de survivre, mais pas d’éradiquer la misère  » est révélatrice d’un projet néolibéral dans son essence. A aucun moment il n’est envisagé que l’État pourrait avoir un rôle à jouer pour éradiquer la pauvreté (5). La microfinance investit là où l’État fait défaut : Pour accéder au logement, pour se soigner, pour payer la scolarité des enfants.
Le cas de l’Inde est de ce point de vue édifiant. La micro-finance s’est développée dans les années 90 avec le tournant néolibéral. “Dans les années 70, les banques nationalisées indiennes avaient un quota de crédits accordés aux zones rurales ainsi qu’aux petites entreprises et aux personnes les plus défavorisées. Le programme de développement rural intégré (IRDP) a été abandonné à la fin des années 80 et la libéralisation du secteur bancaire et financier à ouvert la porte aux intermédiaires privés “(6).

La promotion d’un “capitalisme à visage humain”

En parallèle du microcrédit a émergé le concept de « business social ».
Dans son livre « Vers un nouveau capitalisme » Muhammad Yunus explique ce qu’il entend par là : « Un business social est une société qui ne distribue pas de dividendes. Elle vend ses produits à des prix qui lui permettent de s’autofinancer. Ses propriétaires peuvent récupérer la somme qu’ils ont investie dans l’entreprise après un certain temps mais nulle part de profit ne leur est versée sous forme de dividendes. Au lieu de cela, les profits réalisés par l’entreprise restent en son sein afin de financer son expansion, de créer de nouveaux produits ou services, et de faire davantage de bien dans le monde » (7) .

Le business social est présenté comme un projet humanitaire et désintéressé. « Un business social est une entreprise qui répond à des besoins sociaux ». On trouve de telles sociétés dans la commercialisation de police d’assurance maladie, l’accès à l’énergie ou le recyclage des déchets…
De grandes entreprises telles que Danone, des grandes banques (CitiBank India par exemple) sont très favorables à des partenariats avec ces entreprises qui leur permettent de faire de l’argent tout en ayant un profil « social ».

En fait, les « business sociaux » n’ont de social que le nom. Ils opèrent sur les mêmes marchés que les autres entreprises et sont en concurrence avec. Pour survivre, ils doivent faire du profit donc être compétitifs… Comment, alors combiner la recherche de profits tout en remplissant une mission sociale ?
Si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que ces entreprises remplissent des fonctions qui devraient être de la responsabilité de l’État et pourraient faire l’objet de développement de services publics.
La micro-finance et les « business sociaux » se développent à cause de l’absence d’État comme au Bangladesh ou de son retrait comme en Inde à la fin des années 80.

Quels effets sur la pauvreté ?

Muhammad Yunus affirmait : « Nous avons juré que nos efforts auraient un impact important et mesurable sur la pauvreté. Plus spécifiquement, nous nous sommes engagés à aider 100 millions de familles à sortir de la pauvreté grâce au microcrédit et à d’autres services financiers. En nous fondant sur les estimations selon lesquelles environ 5 personnes bénéficient des effets positifs du microcrédit lorsqu’il concerne une famille (chiffre que l’expérience du monde en développement permet de considérer comme approximativement exact), nous pouvons espérer qu’un demi milliard d’individus sortiront de la pauvreté au cours de la prochaine décennie – ce qui correspond aux objectifs du millénaire pour le développement » (8).

Qu’en-est-il dans la réalité ?
En fait le microcrédit est rarement utilisé par les emprunteurs pour fonder une entreprise.
Il est utilisé dans près de 8 cas sur 10 pour la consommation, la santé, le logement ou l’éducation. Cette utilisation ne génère aucun revenu qui permettrait de rembourser le prêt, d’où un accroissement de l’endettement des emprunteurs pauvres.

Derrière l’image « éthique » de la micro-finance le tableau est peu reluisant.
Le principe de groupe solidaire accroit la pression sur les emprunteurs chaque membre du groupe étant caution des autres. Ne pas rembourser signifie se couper de toute nouvelle source de crédit. Comme les familles ont accès à plusieurs organismes de microcrédit, elles empruntent à l’un pour rembourser l’autre. S’ensuit une spirale de la cavalerie.
Les prêts sont proposés de manière agressive aux pauvres sans réels contrôles de leur solvabilité. Les taux d’intérêts sont dans le meilleur des cas entre 24 et 36%, un taux jugé acceptable par Yunus et les autres promoteurs du microcrédit.
De plus en plus d’entreprises associent un produit de consommation au microcrédit correspondant. Du côté des ONG, il n’est pas rare que soit associé au prêt des produits tels que téléphones portables, poulets, etc… en les présentant comme des produits pouvant générer des sources de revenus. En réalité ils créent une dépendance à l’association. En fin de compte, le microcrédit favorise le surendettement, la cavalerie et la dépendance aux organismes financiers.

Plusieurs études indépendantes (9) ont tenté de déterminer quels sont les effets réels de la micro-finance dans la lutte contre la pauvreté. Deux équipes de chercheurs, ayant travaillé l’une en Inde et l’autre aux Philippines, ont basé leur étude sur la comparaison de deux populations, l’une ayant eu accès au microcrédit et l’autre se l’étant vu refusé. Les conclusions qui ressortent des deux études sont convergentes, le microcrédit ne favorise pas la sortie de la pauvreté. Dans la plupart des cas, il a permis de faire des achats importants de biens durables. Il ne s’agit en aucun cas d’une frénésie de consommation. Au contraire, après avoir contracté un emprunt dans le cadre du microcrédit les études ont montré que les familles abandonnent certains petits plaisirs (thé, snack, tabac, noix de bétel…) pour rembourser l’emprunt qui a permis d’acheter des biens durables.
Après 18 mois aucune évolution significative de la vie des familles emprunteuses n’a été notée. L’impact à plus long terme est en train d’être mesuré. L’emprunt de départ générera-t-il des revenus supplémentaires ? Les traites seront-elles trop lourdes ? Affaire à suivre.

Une autre étude réalisée par une économiste bangladaise travaillant aux États-Unis, Lamia Karim (10), apporte un éclairage nouveau. Surprise par le taux excessivement haut de recouvrement des emprunts, cette économiste a fait une enquête de terrain en 1997 puis est revenu en 2007 pour poursuivre son étude. Rejetant le discours selon lequel il y aurait une corrélation naturelle entre la pauvreté et l’honnêteté, Karim a mis en lumière une réalité bien plus sordide qu’elle nomme l’ « économie de la honte ».

L’étude montre que les prêts sont accordés dans 97% des cas aux femmes mais que 95% des demandes sont faites par le mari ou le fils de famille. L’extension des prêts aux femmes bangladaises peut avoir des conséquences très défavorables pour elles. Les organismes de micro-finance exploitent en fait le code social de l’honneur et de la honte en vigueur au Bangladesh, les femmes étant les garantes de l’honneur des familles. Comme les femmes sont tenues responsables en cas de non remboursement, les agents de recouvrement n’hésitent pas à les humilier publiquement pour obtenir le remboursement des traites impayées.

Quelles alternatives ?

Les études indépendantes permettent de démystifier les discours lénifiants sur le microcrédit et les vagues de suicides qui ont eu lieu dans l’État d’Andhra Pradesh illustrent malheureusement combien ses effets peuvent être dramatiques.

Des expériences récentes de lutte contre la pauvreté engagées par des gouvernements dans des pays comme le Mexique ou le Brésil ont porté sur un transfert de revenus avec contreparties. Les programmes « Oportunidades » engagé au Mexique ou « Bolsa Familia » au Brésil dans les années 2000 ont consisté à donner à des familles pauvres des petites sommes de monnaie en échange de l’assiduité scolaire des enfants et d’un suivi de leur santé. Ces politiques ont coûté peu cher en termes de PIB, aux alentours de 0,4 ou 0,5 % du PIB dans le cas du Brésil. Elles n’ont donc pas pu avoir un impact négatif sur la croissance comme cela est trop souvent affirmé par les partisans de la croissance qui prônent des politiques orthodoxes visant la maîtrise de l’inflation et la réduction de la dette publique.

Les résultats de ces politiques de transferts de revenus sont cependant controversés. Selon les évaluations les plus favorables (11), Bolsa Familia aurait permis de réduire de 17% la pauvreté depuis 2001 et aurait eu un impact positif quant à la réduction du travail des enfants et à la malnutrition des enfants à la campagne (12).

Mais ces politiques de transferts des revenus avec contreparties ne s’attaquent pas plus à la racine de la pauvreté que le microcrédit: l’absence d’emplois ou des salaires trop faibles qui maintiennent les pauvres dans la misère et la précarité. Le microcrédit n’est en aucun cas un instrument qui permettrait de créer les dizaines de millions d’emplois nécessaires dans un pays comme le Brésil.

D’autres instruments de redistributions des revenus moins popularisés que Bolsa Familia ou que le microcrédit ont été mis en œuvre, notamment l’augmentation du salaire minimum et l’accès à une retraite égale à un salaire minimum pour les personnes handicapées de plus de 65 ans et les paysans les plus pauvres. Ces mesures ont permis de jouer plus efficacement sur l’ampleur de la pauvreté alors que les instruments tels que Oportunidades ou Bolsa Familia ne font que s’attaquer à sa profondeur (13).

Contrairement aux affirmations des penseurs néolibéraux, l’État doit rester ou devenir un instrument de réduction de la pauvreté. Il doit développer des politiques sociales et des services publics pour satisfaire les demandes sociales, notamment d’éducation et de santé. Il doit impulser des politiques favorables à l’emploi et à la hausse des salaires. Les dépenses occasionnées par ces politiques en faveur des plus démunis devraient être financées par une fiscalité progressive qui impose les plus riches et une taxe sur les transactions financières.

Notes

(1) Ce paragraphe est tiré d’un article écrit par Muhammad Yunus et publié dans le Monde Diplomatique : « Transgresser les préjugés économiques », décembre 1997.
(2) http://www.grameen-info.org/
(3)  Toutes les citations proviennent de l’article « Transgresser les préjugés économiques » par Muhammad Yunus, Le Monde Diplomatique, décembre 1997
(4) La microfinance en Inde. Mission Économique. Actualisation au 22 avril 2005.
(5) Yunus Muhammad. “Transgresser les préjugés économiques”, Le Monde Diplomatique, décembre 1997
(6) Quand la microfinance tue : vague de suicides dans l’État d’Andhra Pradesh en Inde. Solidarité internationale PCF.
(7) Comane Denise. Muhammad Yunus : Prix Nobel de l’ambiguïté ou du cynisme ? CADTM. http://www.cadtm.org/Muhammad-Yunus-Prix-Nobel-de-l

(8) Comane Denise. Muhammad Yunus : Prix Nobel de l’ambiguïté ou du cynisme ? CADTM

(9)  The Miracle of Microfinance ? Evidence from a Randomised Evaluation. Abhijit Banerjee, Esther Duflo, Rachel Glennester et Cynthia Kinnan, May 2009.
Expanding Microentreprise Credit Access : Using Randomized Supply Decisions to Estimate the Impact in Manila. Dean Karlan and Jonathan Zinman, juillet 2009
(10) Jacquemont Stéphanie. Les promesses non tenues du microcrédit : nouvelles preuves à charge. CADTM

(11) Favelous. The Economist. http://www.economist.com/node/18359966
(12) How to get Children out of job and into school. The Economist.
(13) Salama Pierre. Lutte contre la pauvreté en Amérique latine.

Posted by: daniellesabai | 27 November 2011

Occupy East Asia: Agir globalement, penser localement

Isabelle Zhang

Le mouvement « Occupy » s’est invité en Asie de l’Est. A Hong Kong et Taipei, deux régimes exemplaires du capitalisme à la « mode Chinoise », divers acteurs sociaux se sont rassemblés depuis le 15 octobre pour revendiquer un changement de politique économique.

Occupy Central à Hong Kong : jeunes et salariés demandent des changements profonds

Pays de toutes les libertés économiques pour les capitalistes, Hong Kong est aussi le pays développé le plus inégalitaire de la planète et le 15ième au niveau mondial (Coefficient de Gini 55.3 selon le  CIA Fact book). Depuis que la Chine a lancé les réformes économiques en 1978, les industries hongkongaises ont été mises en  concurrence avec les industries de la Chine continentale et la place financière de Hong Kong concurrencée par celle de Shanghai. La tendance à la délocalisation s’est accélérée depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine et son intégration politique en 1997 et la mise en œuvre du CEPA (accord de commerce bilatéral) avec la Chine en 2003. Par conséquent,  sa structure économique s’est fortement déportée vers le secteur tertiaire.

Peu syndicalisés, avec une sécurité sociale faiblement développée, les jeunes et les classes moyennes de Hong Kong sont aujourd’hui surtout inquiets de l’inflation des diplômes du supérieur, de l’augmentation de la durée de travail supplémentaire et de la hausse des prix de l’immobilier.

Ces problèmes ont constitué la base des revendications du mouvement « Occupy Central », qui s’est développé à partir du 15 Octobre à Exchange Square dans le centre de Hong Kong,  devant le siège social de la Banque HSBC. Parmi les participants on retrouve les jeunes universitaires de la gauche radicale telle que « Left21 »,« Sacom » et « Alliance Démocratie Sociale » qui ont été présents dans les mouvements sociaux depuis une dizaine d’année. Ils ont été rejoints par des groupes et des associations qui ont des revendications spécifiques tels que l’« Association de Victimes de Lehmann Brother » et « le front contre la réforme de retraites. Les militants d’ « Occupy Central » ont appelé à contre-attaquer « l’hégémonie financière » et «l’hégémonie immobilière » avec pour revendications la nécessité de renforcer la régulation du capital et de créer un système juste.

Le 15 Octobre plus de 500 manifestants se sont rassemblés et cela a été poursuivi le 23 octobre par une manifestation contre la nouvelle réforme qui vise à une financiarisation des retraites. En Novembre, la « commune » d’Exchange Square continuait à se mobiliser, permettant aux occupants et aux sympathisants de discuter et d’échanger des idées anticapitalistes.

Occupy Taipei : Une multiplication des idées anticapitalistes

A Taiwan, bien que les inégalités sociales soient moins dramatiques qu’à Hong Kong, les citoyen-ne-s se sentent aussi menacé-e-s par la mondialisation du capital. Comme à Hong Kong, les réformes de la Chine ont favorisé la délocalisation des industries taïwanaises en Chine continentale pour y assurer de meilleurs profits. A Taïwan même, les entrepreneurs ont fait pression sur le gouvernement pour obtenir des réductions d’impôts en montrant en exemple le pays en l’Asie Sud-est où les impôts sont moins importants. La protection de l’environnement et les salaires des travailleurs ont fait les frais de cette politique. Le salaire réel des travailleurs taïwanais a augmenté de moins de 1% en 5 ans, alors que le prix de l’immobilier a augmenté de 44% sur la même période.  Les baisses de recettes suite aux baisses d’impôts ont porté la dette à 39% du PIB, ce qui reste très faible en comparaison des pays occidentaux, mais c’est sans compter les dettes cachées. De plus, la politique industrielle du gouvernement guidée par un soutien inconditionnel aux industries très polluantes (high-tech, chimie, pétrole …) et la construction de 4 centrales nucléaires depuis 1970, ont favorisé les bases sociales d’un mouvement antinucléaire et écologiste.

Ce sont ces préoccupations qui ont rassemblé les « occupants » devant « Taipei 101 », le gratte-ciel au cœur de district commercial et financier de Taipei. Le 15 Octobre, environ 200 manifestants ont défilé « Taipei 101 » scandant «A-Bas le Capitalisme ! ». Certains manifestants sont entrés au rez-de-chaussée du centre commercial et ont chanté « l’internationale », poussant les magasins de luxe à baisser leur rideaux. Ce fut un moment quasi « historique » du mouvement social à Taiwan.

Les participants d’ « Occupy Taipei » sont principalement des militants syndicaux, des précaires et des chômeurs et des militants du mouvement antinucléaire et écologiste. Ils ont été rejoints par des étudiant-e-s et des salariés qui ont peu d’expérience du mouvement social mais qui sont venus à l’appel des réseaux sociaux. Ces derniers, ont organisé un campement dans le parc à côté de « Taipei 101 » et ont programmé une série de forum, de concerts, d’émissions de radio et cinéma pour prolonger le mouvement. Une intention louable mais, les animateurs des réseaux sociaux se sont plus mobilisés sur des thèmes de réflexion culturels, la nécessité de détournement culturel, (Jamming culture) ou sur la place de la consommation dans la société taïwanaise. Une évolution qui risque de « dépolitiser » le mouvement et exonérer l’État taïwanais de ses responsabilités dans l’accentuation des inégalités économiques à Taiwan.

Ce n’est qu’un début ……

Bien que les conséquences sociales des politiques économiques ne soient pas totalement identiques à Hong Kong et à Taiwan, la configuration du mouvement social est pourtant semblable. Dans les deux cas, le développement économique s’est fait sans forces de gauche pour résister pour des raisons historiques propres (la colonisation à Hong Kong et une « guerre froide » avec la Chine continentale  à Taiwan). Aussi bien à Hong Kong que Taïwan, les gouvernements ont limité la syndicalisation et les droits des travailleurs et ont favorisé les intérêts des capitalistes. De plus, l’essor économique de la Chine depuis trois décennies a eu des effets comparables dans le secteur de l’immobilier et sur l’évolution du salaire réel. Ces phénomènes sont susceptibles de favoriser des actions solidaires contre les pouvoirs publiques.

L’émergence du mouvement « Occupy » à Hong Kong et Taipei révèle donc une angoisse commune parmi les jeunes, les classes moyennes et les populations marginales. Cependant, au-delà des discours contre le Capitalisme, il nous semble que le mouvement est plus animé par un lien symbolique avec « Occupy Wall Street » que par l’analyse des singularités locales propre à chaque société. Le mouvement a permis une convergence spatiale des acteurs des divers mouvements pour protester contre le Capitalisme. C’est un premier pas très important. Mais faute d’une analyse propre à chaque société pour expliquer les causes de l’oppression, les « opprimés » – les chômeurs, les victimes de la crise financière, les étudiants endettés, les sans-logis, etc- restent fragmentés au plan théorique et ont ainsi des difficultés à concevoir une stratégie commune d’action.

Autrement dit, privés d’un mouvement de gauche significatif et peu irrigué par la pensée de gauche traditionnelle, la réflexion du mouvement « Occupy » à Hong Kong et Taiwan en reste à une « traduction » du mouvement « Occupy Wall Street » à New York. Pour que la contestation se développe en Asie de l’Est, il faudra que les mouvements développent une analyse des effets de la mondialisation capitaliste en lien avec la réalité locale auxquels ils sont confrontés.

Posted by: daniellesabai | 20 November 2011

La Chine ne peut pas sauver le monde de la crise

 

Jean Sanuk

Alors que les États-Unis et l’Europe ont été durement touchés, la Chine a résisté à la crise internationale de 2008 grâce à un plan de sauvetage qui a combiné de fortes dépenses publiques, un faible taux d’intérêt et des subventions à la consommation. La croissance Chinoise a atteint 9% en 2009 et 10,4% en 2010 entraînant avec elle l’Asie et l’Amérique latine hors de la crise. Elle a aussi réussi à maintenir un chômage à un niveau supportable. La Chine est même devenue la deuxième économie mondiale en termes de PIB en 2010, dépassant le Japon, et elle est en train de combler son retard avec les USA. Dans l’ensemble, l’émergence de la Chine ne semble pas affectée par la crise des subprimes. En y regardant de plus près, il semble que les problèmes sont à venir. Les travailleurs chinois n’acceptent plus d’être surexploités. Une vague de grèves s’est répandue durant l’été 2010. Les travailleurs luttaient pour une augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail et le droit de s’organiser et de négocier.

L’inflation, en particulier des biens alimentaires, qui s’est accélérée depuis le milieu de 2010, s’ajoute aux problèmes des travailleurs et inquiète le gouvernement qui craint une vague de mécontentement.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement doit faire de son mieux pour prévenir toute contagion des révolutions démocratiques des pays arabes. Bien que la situation soit complètement différente en Chine, ces révolutions démocratiques montrent aux travailleurs chinois qu’il est possible de renverser même les pires et les plus puissantes  dictatures.

La résistance de la Chine à la première récession

L’impact de la crise en Chine et en Asie à jusqu’à présent été limité (Sanuk, 2008). Au contraire des banques européennes, les banques asiatiques n’étaient pas très engagées dans les subprimes et produits toxiques. À l’exception de la Corée du sud, les pays asiatiques ne dépendaient pas des capitaux à court-terme et des emprunts bancaires pour financer leurs économies. Ils n’ont pas été pris dans le piège de la dette comme les pays d’Europe de l’Est ou la Grèce. La plupart d’entre eux et en particulier la Chine ont accumulé d’énormes réserves en devises et ont été capables de faire face aux mouvements de capitaux à la fin de 2008. Les pays asiatiques ont été principalement touchés par la chute des exportations à cause de l’effondrement de la demande en Amérique du nord et en Europe. D’une manière générale, la récession a été plus forte dans les économies asiatiques les plus ouvertes au commerce internationale, où les exportations étaient concentrées dans les produits manufacturés, et quand les USA était un client important. Par exemple, les exportations de produits manufacturés représentent environ 70% du total en Malaisie, plus de 40% en Thaïlande et au Cambodge, environ 30% en Chine, Corée du sud, aux Philippines et au Vietnam, mais moins de 10% en Inde et au Pakistan. Ces caractéristiques expliquent que les trois économies les plus importantes d’Asie, la Chine, l’Inde et l’Indonésie, n’ont pas eu un seul trimestre de récession entre 2008 et 2009. La résistance de ces trois pays et en particulier de la Chine, qui est parmi les plus importants ou le plus important partenaire commercial des pays asiatiques, a conduit à un rapide rebond au deuxième trimestre de 2009 et à un rétablissement en forme de « V »plus fort que dans le reste du monde.

 Plusieurs facteurs expliquent la résistance à la crise des pays asiatiques et leur rapidité à se rétablir.

Premièrement, pour absorber le choc de l’effondrement des exportations, les pays asiatiques ont lancé des plans de sauvetage sans précédent, à la différence de la crise « asiatique «  de 1997-1999 quand les plans d’ajustements structurels sponsorisés par le FMI avaient aggravé la crise. Le plan de sauvetage Chinois mérite une attention particulière du fait de son ampleur : 585 milliards de dollars représentant 13,3% du PIB à dépenser sur une durée de deux ans. En moyenne, les plans de sauvetage annoncés par les pays asiatiques représentent 7,5% du PIB au lieu de 2,8% du PIB pour les pays du G7. De plus, Les plans de sauvetages asiatiques étaient plus tournés vers les dépenses publiques que vers les réductions d’impôts. En moyenne, les pays d’Asie ont dédié 80% du montant des plans à l’augmentation des dépenses publiques contre 60% en moyenne pour les pays du G20. La seule exception est l’Indonésie où les  baisses d’impôt dominent.

Ces dépenses publiques ont été accompagnées par des politiques monétaires expansionnistes consistant à baisser les taux d’intérêt pour encourager le crédit. Le taux d’intérêt médian des banques centrales asiatiques a diminué de 2,25 points, soit cinq fois plus que durant la crise précédente. Le fait que le système bancaire a continué à fonctionner a eu un impact positif sur la croissance. Dans des pays comme le Vietnam et la Chine, la politique monétaire expansionniste a joué un rôle dominant. En Chine, la dépense publique a modestement augmenté de 23% en 2007 à 26% en 2008, mais seulement de 21% en 2009 puis de 17% en 2010 quand le plan de sauvetage a officiellement pris fin. Dans l’ensemble, les dépenses publiques n’ont pas joué un rôle crucial pour absorber le choc. C’est en fait le développement du crédit qui a été fondamental en 2009 avec une augmentation spectaculaire de 31%. Il a cependant diminué en 2010 de 4% quand le gouvernement chinois a décidé de ralentir l’économie parce que l’argent facile avait conduit à une nouvelle bulle spéculative.

En deuxième lieu, la consommation des ménages est restée forte parce que l’emploi ne s’est pas effondré pendant la crise. En temps de crise, il n’y a pas en général d’accroissement fort du taux de chômage dans les pays asiatiques, parce que, à part dans quelques pays,  le chômage n’est pas indemnisé.

Les travailleurs qui perdent leur emploi dans l’industrie essayent d’en trouver un dans les services ou se mettent à leur propre compte ou encore retournent travailler dans la ferme familiale quand c’est possible et quand il y en a encore une. C’est le cas en particulier en Chine où des centaines de milliers de travailleurs migrants sont retournés dans leur ferme familiale dans l’intérieur du pays à l’hiver 2008, ou bien ne retournèrent pas travailler dans l’industrie après les vacances du nouvel an chinois en février 2009. Mais comme l’économie s’était rétablie au printemps 2009, nombre d’entre eux ont repris le chemin de la ville pour trouver un emploi urbain mieux payé.

Troisièmement, défiant les plus sombres pronostics, les exportations chinoises ont chuté de septembre 2008 à février 2009 mais ne se sont pas effondrées et ont vite récupéré grâce à la reprise du commerce mondial au printemps 2009.

Du fait du contenu élevé en composants importés dans les exportations chinoises (environ 50%), les importations ont chuté dans les mêmes proportions que les exportations et le solde commercial est resté quasiment toujours positif bien que d’une plus faible ampleur. Cela révèle à la fois la résistance de la Chine aux chocs externes et sa faiblesse en même temps.

Le mythe du découplage de l’Asie du reste du monde

Premièrement, le rapide succès commercial chinois est du à son rôle de centre d’assemblage de composants fabriqués ailleurs en Asie, principalement au Japon et en Corée du sud et dans une moindre mesure en Asie du Sud-est. Les produits finis assemblés en Chine sont majoritairement exportés dans le reste du monde et en particulier en Europe et en Amérique du Nord. Pour être moins vulnérable à la crise provenant des USA et d’Europe, l’Asie de l’Est et du Sud-est devrait être capable d’absorber une part beaucoup plus importante de sa propre production en produits finis. Mais si le commerce interne à l’Asie de l’Est a bien progressé depuis la crise, il n’a pas encore atteint un seuil qui lui permettrait d’amortir les contractions du commerce au niveau mondial.

Deuxièmement, bien que la Chine soit devenue la deuxième puissance économique du monde du point de vue de la valeur absolue de son PIB, dépassant le Japon en 2010 et se rapprochant maintenant des USA, la Chine et le reste de l’Asie sont encore très loin de remplacer les USA comme premier marché du monde. Si l’on prend en compte la totalité de la population chinoise, le revenu par tête devrait rattraper celui des USA d’ici 25 à 50 ans suivant les hypothèses retenues. Si l’on prend seulement en compte les régions les plus riches de Chine, la plupart le long des côtes et représentant 42% de la population en 2005, le rattrapage pourrait se faire d’ici 10 à 20 ans. Les hypothèses les plus optimistes faites par la Banque Asiatique du Développement (BAD) montrent qu’au rythme actuel, les 22 pays asiatiques qui forment  « l’Asie en développement » selon la classification de la BAD, pourraient dépasser les dépenses de consommation des pays de l’OCDE dès 2030. Toutes ses prédictions reposent sur des scénarios optimistes et sont loin d’être certaines vu le degré d’incertitude créé par la crise internationale actuelle. Mais elles indiquent un potentiel.

Troisièmement, pour pouvoir se découpler du reste du monde, au moins de manière relative, car de toute manière avec la globalisation de l’économie il ne peut exister de régions du monde complètement autonome, l’Asie, et plus particulièrement la Chine, devrait être capable de rééquilibrer son économie tournée vers les exportations en faveur de son marché intérieur. Cela ne peut être fait qu’en remplissant trois conditions. D’abord, la Chine doit réévaluer en partie son taux de change  pour baisser les prix des importations (et de ce fait le prix des biens qu’elle produit pour le marché intérieur) et rendre les exportations moins profitables qu’elles ne le sont actuellement. Deuxièmement, et c’est le plus important, la Chine doit augmenter de manière significative les salaires des travailleurs urbains et ruraux afin que la consommation intérieure puisse récupérer de son niveau actuel extrêmement bas (35% du PIB). C’est la décision la plus sensible parce que les capitalistes et bureaucrates ont pris l’habitude de s’engraisser grâce aux immenses profits que les entreprises d’État et privées font sur le dos des travailleurs surexploités. Troisièmement, la Chine doit augmenter son taux d’intérêt, traditionnellement faible, de manière à décourager les investissements très importants dans l’industrie  intensive en capitale et à réorienter l’économie en faveur des services. Des services comme l’éducation, la santé, la culture et les loisirs sont des nécessités pour la majorité de la population. Ils sont intensifs en travail et pourraient créer des millions d’emplois dont la Chine a besoin. Ils sont aussi moins consommateurs d’énergie et moins polluants que l’industrie et seraient plus compatibles avec un objectif de réduction des gaz à effet de serre. La Chine a fait des progrès dans cette direction mais elle est très loin de l’objectif.

La Chine peut-elle résister une deuxième fois à une nouvelle récession ?

En 2011, la crise internationale est entrée dans une nouvelle phase. La crise en Europe est très grave et les USA sont dans une  situation guère meilleure. Une deuxième récession arrive qui entrainera une nouvelle contraction du commerce mondial affectant à nouveau La Chine et l’Asie. Dans ces conditions on est amené à s’interroger sur la capacité de la Chine de résister à un nouveau recul du commerce mondial grâce à un nouveau plan de sauvetage d’ampleur.

Il y  a des raisons d’être pessimistes. La Chine et les pays d’Asie ne peuvent pas augmenter les dépenses publiques et le crédit massivement tous les deux ans. Les plans de sauvetage précédents ont déjà créés des problèmes qui ne sont pas encore résolus : dans le cas de la Chine, une augmentation importante des créances douteuses dans le secteur bancaire car bon nombre de crédits accordés ne sont pas rentables ; une inflation élevée et des bulles spéculatives dans l’immobilier et à la bourse. Comme aux USA et en Europe, les banques chinoises vont devoir être sauvées avec l’argent public. Et comme aux USA et en Europe, c’est toujours aux  travailleurs que les gouvernements présentent la note. En Chine, le sauvetage des banques et des autorités locales, qui sont aussi très endettées, devrait coûter beaucoup d’argent. Si les travailleurs doivent payer d’une manière ou d’une autre, l’objectif de rééquilibrer la croissance en faveur de la demande interne devrait être reporté dans un futur lointain et avec lui le mythe que la Chine pourrait sortir le monde de la crise.

 

Farooq Tariq

Plusieurs sympathisants et membres du Labour Party Pakistan (LPP – Parti du travail du Pakistan) sont enfermés dans différents centres de détention du pays. Neuf ouvriers du textile, y compris Fazal Ilahi – un dirigeant du LPP – sont dans la prison de Faisalabad. Quinze militants sont dans celle de Gilgit, dont Baba Jan, élu au comité fédéral du LPP. Ce ne sont pas des terroristes. Ce sont des militants politiques. Pourtant, ils sont tous inculpé au nom des lois antiterroristes.

Le Premier Ministre Yousaf Raza Gilani, intervenant à Mandi Bahuldin, a affirmé le 14 novembre qu’il n’y avait actuellement pas de prisonnier politiques au Pakistan. Nous avons fréquenté ensemble l’université et je lui dit que j’en connais au moins 24, des membres et sympathisants du LPP qui se retrouvent en prison pour des raisons politiques. Il y en a bien d’autres qui se morfondent dans les centres de détention du Baloutchistan, sans parler de ceux qui ont « disparu ».

Six des neuf prisonniers politiques à Faisalabad sont condamnés par un tribunal antiterroriste à une peine honteuse de 490 ans. Leur crime est d’avoir dirigé une grève d’ouvriers du textile en 2010. Quand un patron a fait ouvrir le feu sur eux, les ouvriers ont réagi avec colère. Le patron est libre et les travailleurs sont condamnés à 490 ans [voir ci-dessous].

A Gilgit, quand la police a tiré, tuant deux personnes – le fils et son père – lors d’une manifestation exigeant une juste compensation pour les victimes d’une catastrophe naturelle au lac d’Atta Abad Lake, la population a riposté en occupant la zone. Les policiers impliqués dans la mort des deux manifestants sont libres. Cependant, Baba Jan, qui fut membre du conseil de district de Gilgit et qui est une figure militante de cette région est en prison, ainsi que 14 autres militants. Où est la justice ? [1]

A Faisalabad, c’est la Pakistan Muslim League Nawaz (PML-N, Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz) qui nous pourchasse, notamment le ministre provincial de la Justice, Rana Sanaullah, qui veut nous donner une leçon et nous punir d’avoir impulsé la construction d’un mouvement des ouvriers du textile – plus important que jamais par le passé – dans « son » agglomération [2]. A Gilgit, c’est le Pakistan People’s Party (PPP – Parti du peuple pakistanais), dont le ministre en chef de la province (chief minister), Mehdi Shah, qui veut nous donner une leçon pour nous être rangé auprès des masses révoltées de Gilgit Baltistan contre les injustices et les pratiques frauduleuses.

Nous n’allons pas céder et nous ferons face en construisant un mouvement pour la libération de ces militants politiques. Nous avons besoin de votre soutien moral, financier et politique.

Un engagement dans le développement de mouvements

Le Labour Party Pakistan, fondé en 1997, est un petit parti de gauche qui aide à la construction de mouvements sociaux et politiques dans le pays [3]. En 2000-2001, nous avons impulsé le soutien à l’association Anjaman Mozareen Punjab (AMP – Association des fermiers du Pendjab) à Okara [4]. Ce mouvement s’est affirmé comme l’un des plus beaux exemples dans l’histoire des luttes paysannes au Pakistan. Il a résisté à l’administration militaire des fermes, à occupé plus de 68000 acres de terres et il est toujours debout.

En 2003-2004, nous avons joué un rôle important dans le développement du mouvement ouvrier des métiers à tisser dans la troisième agglomération du Pakistan, Faisalabad. Le Labour Qaumi Movement (LQM – Mouvement national des travailleurs), dont les dirigeants sont membres du LPP, a conduit le combat de milliers d’ouvriers pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Ils sont maintenant attaqués.

En 2007-2008, nous avons joué un rôle dans la construction du mouvement des avocats. Nous nous sommes tous retrouvés de façon répétée en prison. Nous étions présent chaque semaine avec les avocats dans les manifestations et rassemblements, nous avons été partie prenante de la « longue marche » et nous avons été à la tête de la fameuse rebélion de GPO Chouck contre la police, à Lahore [5].

Nous sommes de ceux qui se sont opposé dès le premier jour à la main mise de l’armée sur le pouvoir du général Musharaf, à la différence de bien d’autres qui se présentent aujourd’hui comme les champions de résistance à l’establishment militaire. Presque tous les membres de la direction du LPP leadership ont été arrêté à plusieurs reprises sous le régne de Musharaf. Je fus, par exemple, arrêté douze fois durant la dictature du général Musharaf .

Construire des médias alternatifs

Le LPP s’est attaché à développer des médias alternatifs pour contrer l’influence des médias commerciales. Il a publié un hebdomadaire, Mazdoor Jeddojuhd (La lutte des travailleurs), de 1997 à 2010 sans aucun financement publicitaire. Du fait des contraintes financières, il paraît maintenant mensuellement.

Socialist Pakistan News (SPN – Information socialiste du Pakistan) a vu le jour en 2004. Avec plus de 7500 abonnés, elle est devenue la plus grande liste email du pays. Des membres du LPP travaillent bénévolement chaque jour plus d’une heure pour la modérer.

Nous participons aussi à l’équipe qui produit View Point On line, l’un des périodique en ligne les mieux lus [6].

Solidarité et secours populaires

Les sympathisant et membres du LPP ont activement levé des fonds et apporté de l’aide aux victimes en des heures difficiles, après le tremblement de terre de 2005, ainsi qu’après les pluies et inondations dévastatrices de 2010 [7].

En faisant tout cela, nous avons progressé dans la construction d’un parti politique de masse des travailleurs, dans la construction de mouvements et campagnes envitronnementales, féministes, démocratiques, socialistes – au Pakistan en particulier et globalement de façon générale.

Envoyez-nous vos dons maintenant

Nous voulons collecter au moins 500.000 roupies avant le 26 novembre 2011. Le LQM prépare pour le 26 novembre un rassemblement de protestation à Faisalabad. Nous pensons qu’il réunira des milliers de participant(e)s. Nous avons besoin de votre aide financière pour réussir cette mobilisation et pour soutenir les familles des victimes qui ont perdu leurs moyens d’existence.

Urgent : appel financier pour les “Six de Faisalabad”

Six dirigeants syndicaux de Faisalabad [8] ont été condamnés à des peines de prison se montant au total à 490 années de prison. Leur seul crime est d’avoir impulsé une grève pacifique pour une augmentation du salaire minimum telle qu’annoncée par le gouvernement. Il s’agit de Akbar Ali Kamboh, Babar Shafiq Randhawa, Fazal Elahi, Rana Riaz Ahmed Muhammad Aslam Malik et Asghar Ali Ansari. Quatre d’entre eux ont été arrêtés en juillet 2010, alors que les deux autres l’ont été en juillet 2011 sur les mêmes chefs d’accusation.

Ils sont tous des dirigeants du mouvement appelé Labour Qaumi Movement (LQM) dans les métiers à tisser de Faisalabad. Le LQM est une organisation territoriale ouvrière défendant depuis 2004 les droits des travailleurs du textile qui constituent sa base sociale dans la ville et les zones avoisinantes [9].
Le juge du tribunal antiterroriste à Faisalabad les a condamnés, le 1er novembre 2011, pour terrorisme. Il est fréquent au Pakistan que de [véritables] terroristes soient libérés par ces tribunaux et que des dirigeants ouvriers soient inculpés au nom des lois antiterroristes.

Les dirigeants syndicaux condamnés étaient accusés d’avoir incendié une entreprise durant la grève ; une accusation fabriquée de toutes pièces. Le fait est que, le jour de la grève à Thekri Wala, le 20 juillet 2010, des gangsters payés par le propriétaire de l’entreprise ont commencé à tirer sur des ouvriers qui quittaient l’usine pour réclamer de meilleurs salaires. Un certain nombre de travailleurs ont eu le courage d’entrer dans l’usine, obligé les hommes de main à arrêter d’utiliser leurs armes. Certains des gangsters ont été battus par des ouvriers en colère.

Pendant le procès, les avocats des travailleurs ont demandé comment il était possible, si elle avait été incendiée, que l’usine ait recommencé à fonctionner trois jours seulement après les incidents.

Plus de 10.000 ouvriers des métiers à tisser du district de Faisalabad sont entrés en grève le 20 juillet 2010. Ils exigeaient une augmentation du salaire minimum inscrite par le gouvernement dans la présentation du budget 2010-2011. Le gouvernement avait alors annoncé une augmentation de 17% du salaire minimum pour les travailleurs du secteur privé. Le LQM à Faisalabad, Jhang et dans d’autres districts avait poursuivi des négociations avec les patrons du textile durant les trois semaines précédant la grève.

L’incident s’est produit dans la zone de Sudhar, une banlieue industrielle de Faisalabad où un grand nombre d’usines textiles sont implantées. Cette zone est le théâtre d’une confrontation entre ouvriers et patrons depuis trois ans, du fait que les travailleurs s’y sont eux-mêmes organisés en grands nombres.

La condamnation des dirigeants syndicaux à de longues peines de prison constitue un coup dévastateur porté au mouvement ouvrier à Faisalabad et, au-delà, dans tout le pays. Personne n’avait pensé que le tribunal pourrait prononcer un jugement anti-ouvrier aussi draconien, d’autant plus que l’institution judiciaire elle-même avait été rétablie [face à la dictature Musharraff] grâce à une puissante mobilisation populaire. Cependant, le tribunal antiterroriste a décidé de cette sentence avec pour seul but d’affaiblir le mouvement des travailleurs des métiers à tisser qui devenait progressivement un symbole du militantisme de la classe ouvrière dans le pays.

L’une des principales méthodes utilisées pour discipliner les travailleurs sous le capitalisme est de les contraindre à négocier avec les patrons sous les seules conditions déterminées par ces derniers. Cela peut être fait par la force brutale de l’Etat ou en écrasant financièrement la classe ouvrière pour que le compromis reste sa seule option pour survivre au sein du système.

Les patrons ont utilisé la première méthode pour que le sort fait à ces dirigeants syndicaux serve d’avertissement à toutes personnes qui oserait lever la voix contre les injustices frappant les travailleurs. Tous nos camarades emprisonnés sont mariés et leurs familles dépendaient avant tout de leurs salaires. Ces familles se retrouvent aujourd’hui dans un grand dénuement. Elles envisagent de retirer leurs enfants de l’école dans la mesure où elles ne peuvent même plus acheter assez de biens alimentaires.

Sachant que telle est la stratégie politique des patrons pour se soumettre les travailleurs et que cela a des conséquences sévères pour les familles des dirigeants emprisonnés, le Labour Party Pakistan, the Labour Qaumi Movement, la National Trade Union Federation [10] et la Labour Education Foundation [11] lancent un appel à la solidarité financière pour apporter aide aux familles de nos camarades emprisonnés.


Pour la libération de Baba Jan et des autres détenus !, Farooq Tariq (article 22863), Pakistan : LPP leader arrested for assisting climate change victims, Human Rights Commission of Pakistan (article 22945), Pakistan/Gilgit Baltistan : HRCP urges fair deal for Attabad displaced, detainees, (article 22932), Pakistan : Free Baba Jan and all political prisoners ! et Alain Krivine et NPA (article 22942), Lettre à l’ambassadeur du Pakistan en France pour la libération de Baba Jan et des autres détenus.

 

[2] Voir notamment à ce sujet sur ESSF HRCP (article 18075), Pakistan–Urgent Appeal : In Defense of Faisalabad Power Loom Workers’ Labour Rights et (article 17980) Pakistan : HRCP alarmed over labour leader’s murder, Farooq Tariq (article 18086), Faisalabad power looms workers : The first victory et (article 17949), Pakistan : Labour Leaders killed for forming union in Faisalabad.

[3] Voir notamment à ce sujet sur ESSF (article 16762), Un regard porté sur l’expérience du LPP et de la gauche pakistanaise.

[4] Voir notamment sur ESSF (article 20965), Farooq Tariq, Pakistan : This Is Our Land, Declare 20,000 Peasants et (article 19486), Pakistan : Building and Maintaining a Peasant Movement.

[5] Voir notamment sur ESSF (article 10548), A historic Long March that fell short of picketing Parliament – Lawyer’s leadership on the road from resistance to reconciliation et Nisar Shah (article 10665), The Lawyers Movement and the question of democratic struggle in Pakistan : a brief review.

[6] http://www.viewpointonline.net/

[7] Voir notamment sur ESSF (article 18374), Pierre Rousset, La Campagne de secours populaire pour les victimes des inondations au Pakistan : un premier point d’étape et (article 2341), Au Cachemire, cinq mois après le tremblement de terre.

[8] Grand centre industriel au Pendjab, spécialisé dans le textile.

[9] Pour plus d’informations sur le LQM, voir sur ESSF (mot clé 4259), LQM (Pakistan).

[10] Fédération nationale des syndicats.

[11] Fondation d’éducation ouvrière .

Danielle Sabai

Trois mois après les élections qui lui ont assurée une victoire écrasante, Yingluck Shinawatra[1] dirigeante du Puea Thai et première femme Premier ministre de Thaïlande doit faire face aux pires inondations depuis 1942.

Depuis le début de la mousson fin juillet, environ deux millions cinq cents mille personnes ont été affectées par les inondations dans 28 provinces du Nord et du Centre du pays. Plus de 400 personnes ont péri et des centaines de milliers d’autres sont tombées malades.

Le retour à la normal devrait prendre encore au moins 6 semaines. Les efforts sont maintenant concentrés pour éviter que le centre de la capitale Bangkok ne soit inondé, son poids économique représentant plus de 40% du PIB de la Thaïlande.  La ville est complètement encerclée par les eaux et les autorités doivent faire face à une conjonction de fortes pluies, d’une marée haute empêchant l’écoulement des eaux vers la mer et l’arrivée massive d’eaux du Nord et du centre du pays inondés.

Bangkok a été protégée par d’immenses murs de sac de sables au détriment des provinces avoisinantes et des populations modestes qui les occupent. A l’extérieur de cette enceinte, l’eau ne peut pas s’écouler vers la mer. Elle peut atteindre plus de 1 mètre de haut submergeant les maisons environnantes. Les tensions et le ressentiment sont palpables et l’armée a été déployée pour protéger les digues de fortune.

Le gouvernement a été très vivement critiqué pour la mise en œuvre tardive d’aides jugées relativement inefficaces. Au-delà de cette crise, c’est l’ensemble de la gestion de l’eau qui est à revoir. Le département d’irrigation de l’office d’hydrologie et de gestion de l’eau a maintenu pendant plusieurs mois à un niveau très élevé l’eau dans les deux plus grands barrages, Sirikit et Bhumibol, sur les rivières  Ping et Nan qui se jettent dans le fleuve Chao Phraya qui traverse Bangkok. L’eau contenue a dû être relâchée au pire moment accentuant les inondations en aval et aggravant la situation aux abords de la capitale.

Les dégâts matériels sont absolument considérables et les conséquences économiques se font déjà sentir. Les maisons et infrastructures ont été détruites ou endommagées par centaines de milliers. De larges zones de la plaine centrale, le grenier à riz de la Thaïlande, ont été submergées par les flots détruisant 10 % des récoltes du premier exportateur mondial de riz. Plusieurs zones économiques ont aussi été inondées affectant plus de 10000 usines, certaines ayant dû fermer. Des centaines de milliers d’emplois sont menacés et avec eux, le revenu de millions de personnes qui en dépendent.

L’économie thaïlandaise n’est pas seule affectée par les inondations. La Thaïlande produit des matières premières et des composants approvisionnant les chaînes de production manufacturières dans d’autres pays où ils sont utilisés pour fabriquer des produits finis sur place. C’est par exemple le cas dans la micro informatique et l’automobile. 60% des disques durs proviennent de Thaïlande et leur pénurie a entraîné une hausse des prix sur les marchés internationaux. L’industrie automobile représente, quant à elle, 12% du PIB et emploie 300000 personnes. La plupart des grands constructeurs, assembleurs et fabricants de pièces et de composants se sont installés en Thaïlande. L’arrêt de la production dans certaines usines entraîne des dysfonctionnements dans la chaîne de production d’autres pays. Ainsi Honda a déjà annoncé un ralentissement de sa production au Canada et aux États-Unis et Toyota au Japon. Cela pourrait aussi être le cas de la Chine, la première destination des exportations thaïlandaises.

Selon de premières prévisions qui n’incluent pas d’éventuels dégâts dans le centre de Bangkok, le coût des inondations pourrait s’élever à 4 milliards de dollars et représenter 1 à 1,5 % du PIB. Avec une économie qui tourne au ralenti, les rentrées fiscales sont au plus bas. Cette catastrophe naturelle aux conséquences sociales et économiques énormes pourrait avoir à plus long terme un impact sur la politique économique et les mesures sociales proposées par le Puea Thai en faveur de sa base électorale populaire durant la campagne électorale.

Pour l’instant, le gouvernement vient d’approuver une rallonge du déficit budgétaire de 50 milliards de baths pour la nouvelle année fiscale qui débute le 1er octobre, le portant à 400 milliards de baths (9,5 milliards d’euros). Tous les organismes de l’État et les ministères ont aussi été priés de réduire de 10% leurs dépenses afin de trouver 80 milliards de baths (1,9 milliards d’euros) pour financer l’aide et la reconstruction. Enfin, le gouvernement envisage la possibilité de se tourner vers les organismes multilatéraux pour emprunter plusieurs centaines de milliards de baths.

Parmi les mesures phares de la campagne électorale, le Puea Thai s’était engagé à porter le salaire minimum journalier à 300 baths (7 euros) pour tous au 1er janvier 2012. Actuellement, il n’y a pas de salaire minimum à l’échelle nationale mais un salaire minimum dans chaque province qui oscille entre 159 (3,75 euros) et 221 (5,20 euros) baths par jour.

Le salaire minimum en Thaïlande est déterminé et mis en œuvre par une commission tripartite composée de 15 membres – 5 représentants de l’État, 5 représentants des employeurs, 5 représentants des salariés. Mi octobre, un accord a été trouvé entre les représentants des salariés et de l’État, contre l’avis du patronat. Le salaire minimum sera augmenté de 40 % à l’échelle nationale à partir du 1er avril, ce qui le portera à environs 300 baths à Bangkok et dans 6 provinces où il est déjà assez élevé. Dans les 77 autres provinces, il restera donc en dessous du seuil des 300 baths promis durant la campagne électorale mais devrait progressivement augmenter jusqu’à 300 baths en trois ou quatre ans.

En imposant une hausse substantielle du salaire minimum journalier contre l’avis des industriels déjà affectés par les inondations, le gouvernement a envoyé un signal fort à sa base électorale composée principalement d’ouvriers et de paysans.  Les petites et moyennes entreprises seront les plus affectées par la hausse des salaires. Mais si l’on regarde sur l’ensemble de la décennie, l’augmentation du salaire minimum n’a dépassé que deux fois l’inflation en 2001 et 2007 et globalement il a au mieux stagné.

La hausse du salaire minimum journalier est présentée par ces détracteurs comme une mesure populiste. Mais une augmentation substantielle devrait contribuer à diminuer les inégalités sociales profondes qui divisent la Thaïlande,  l’un des pays les plus inégalitaires d’Asie. Cela pourrait constituer un premier pas permettant de relancer la consommation intérieure thaïlandaise, trop faible, et ainsi de contrebalancer une dépendance aux exportations qui représente actuellement 60 % du PIB.

Durant la campagne électorale, le Puea Thai a avancé d’autres mesures économiques en faveur des plus modestes  qui composent la majorité de la population, comme de permettre aux emprunteurs de suspendre le remboursement de leur dette pendant 3 ans, de garantir le prix du riz, d’indexer le remboursement des prêts octroyés par l’État aux étudiants à leur revenus, de fixer à nouveau à 30 baths le prix de la couverture universelle pour les soins médicaux. La mise en œuvre de telles mesures bouleverserait en partie à moyen terme la structure socio-économique de la Thaïlande.

La crise provoquée par les inondations va être un véritable test politique. S’il veut tenir ses promesses de campagne et engager un programme de reconstruction post-inondation qui profite à la majorité, le gouvernement va devoir mettre en œuvre une politique fiscale courageuse qui va chercher l’argent là où il est, en premier lieu parmi les millionnaires thaïlandais et la famille royal et en diminuant drastiquement le budget de l’armée qui a explosé depuis le coup d’État militaire de 2006. Cela suppose de s’affronter aux élites qui ne sont pas disposées à payer une politique qui bénéficierait aux larges masses.

Enfin, même si la reconstruction constituera à n’en pas douter la tâche principale du gouvernement dans les mois à venir, il devra aussi répondre aux aspirations à la démocratie, à la justice sociale et aux changements politiques et sociaux que les Chemises rouges ont réclamé avec force ses dernières années. Le gouvernement répondra-t-il à ces attentes?


[1] Plus jeune sœur de Thaksin Shinawatra, homme d’affaire et politicien renversé par un coup d’État militaire en septembre 2006.

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