Posted by: daniellesabai | 27 November 2011

Occupy East Asia: Agir globalement, penser localement

Isabelle Zhang

Le mouvement « Occupy » s’est invité en Asie de l’Est. A Hong Kong et Taipei, deux régimes exemplaires du capitalisme à la « mode Chinoise », divers acteurs sociaux se sont rassemblés depuis le 15 octobre pour revendiquer un changement de politique économique.

Occupy Central à Hong Kong : jeunes et salariés demandent des changements profonds

Pays de toutes les libertés économiques pour les capitalistes, Hong Kong est aussi le pays développé le plus inégalitaire de la planète et le 15ième au niveau mondial (Coefficient de Gini 55.3 selon le  CIA Fact book). Depuis que la Chine a lancé les réformes économiques en 1978, les industries hongkongaises ont été mises en  concurrence avec les industries de la Chine continentale et la place financière de Hong Kong concurrencée par celle de Shanghai. La tendance à la délocalisation s’est accélérée depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine et son intégration politique en 1997 et la mise en œuvre du CEPA (accord de commerce bilatéral) avec la Chine en 2003. Par conséquent,  sa structure économique s’est fortement déportée vers le secteur tertiaire.

Peu syndicalisés, avec une sécurité sociale faiblement développée, les jeunes et les classes moyennes de Hong Kong sont aujourd’hui surtout inquiets de l’inflation des diplômes du supérieur, de l’augmentation de la durée de travail supplémentaire et de la hausse des prix de l’immobilier.

Ces problèmes ont constitué la base des revendications du mouvement « Occupy Central », qui s’est développé à partir du 15 Octobre à Exchange Square dans le centre de Hong Kong,  devant le siège social de la Banque HSBC. Parmi les participants on retrouve les jeunes universitaires de la gauche radicale telle que « Left21 »,« Sacom » et « Alliance Démocratie Sociale » qui ont été présents dans les mouvements sociaux depuis une dizaine d’année. Ils ont été rejoints par des groupes et des associations qui ont des revendications spécifiques tels que l’« Association de Victimes de Lehmann Brother » et « le front contre la réforme de retraites. Les militants d’ « Occupy Central » ont appelé à contre-attaquer « l’hégémonie financière » et «l’hégémonie immobilière » avec pour revendications la nécessité de renforcer la régulation du capital et de créer un système juste.

Le 15 Octobre plus de 500 manifestants se sont rassemblés et cela a été poursuivi le 23 octobre par une manifestation contre la nouvelle réforme qui vise à une financiarisation des retraites. En Novembre, la « commune » d’Exchange Square continuait à se mobiliser, permettant aux occupants et aux sympathisants de discuter et d’échanger des idées anticapitalistes.

Occupy Taipei : Une multiplication des idées anticapitalistes

A Taiwan, bien que les inégalités sociales soient moins dramatiques qu’à Hong Kong, les citoyen-ne-s se sentent aussi menacé-e-s par la mondialisation du capital. Comme à Hong Kong, les réformes de la Chine ont favorisé la délocalisation des industries taïwanaises en Chine continentale pour y assurer de meilleurs profits. A Taïwan même, les entrepreneurs ont fait pression sur le gouvernement pour obtenir des réductions d’impôts en montrant en exemple le pays en l’Asie Sud-est où les impôts sont moins importants. La protection de l’environnement et les salaires des travailleurs ont fait les frais de cette politique. Le salaire réel des travailleurs taïwanais a augmenté de moins de 1% en 5 ans, alors que le prix de l’immobilier a augmenté de 44% sur la même période.  Les baisses de recettes suite aux baisses d’impôts ont porté la dette à 39% du PIB, ce qui reste très faible en comparaison des pays occidentaux, mais c’est sans compter les dettes cachées. De plus, la politique industrielle du gouvernement guidée par un soutien inconditionnel aux industries très polluantes (high-tech, chimie, pétrole …) et la construction de 4 centrales nucléaires depuis 1970, ont favorisé les bases sociales d’un mouvement antinucléaire et écologiste.

Ce sont ces préoccupations qui ont rassemblé les « occupants » devant « Taipei 101 », le gratte-ciel au cœur de district commercial et financier de Taipei. Le 15 Octobre, environ 200 manifestants ont défilé « Taipei 101 » scandant «A-Bas le Capitalisme ! ». Certains manifestants sont entrés au rez-de-chaussée du centre commercial et ont chanté « l’internationale », poussant les magasins de luxe à baisser leur rideaux. Ce fut un moment quasi « historique » du mouvement social à Taiwan.

Les participants d’ « Occupy Taipei » sont principalement des militants syndicaux, des précaires et des chômeurs et des militants du mouvement antinucléaire et écologiste. Ils ont été rejoints par des étudiant-e-s et des salariés qui ont peu d’expérience du mouvement social mais qui sont venus à l’appel des réseaux sociaux. Ces derniers, ont organisé un campement dans le parc à côté de « Taipei 101 » et ont programmé une série de forum, de concerts, d’émissions de radio et cinéma pour prolonger le mouvement. Une intention louable mais, les animateurs des réseaux sociaux se sont plus mobilisés sur des thèmes de réflexion culturels, la nécessité de détournement culturel, (Jamming culture) ou sur la place de la consommation dans la société taïwanaise. Une évolution qui risque de « dépolitiser » le mouvement et exonérer l’État taïwanais de ses responsabilités dans l’accentuation des inégalités économiques à Taiwan.

Ce n’est qu’un début ……

Bien que les conséquences sociales des politiques économiques ne soient pas totalement identiques à Hong Kong et à Taiwan, la configuration du mouvement social est pourtant semblable. Dans les deux cas, le développement économique s’est fait sans forces de gauche pour résister pour des raisons historiques propres (la colonisation à Hong Kong et une « guerre froide » avec la Chine continentale  à Taiwan). Aussi bien à Hong Kong que Taïwan, les gouvernements ont limité la syndicalisation et les droits des travailleurs et ont favorisé les intérêts des capitalistes. De plus, l’essor économique de la Chine depuis trois décennies a eu des effets comparables dans le secteur de l’immobilier et sur l’évolution du salaire réel. Ces phénomènes sont susceptibles de favoriser des actions solidaires contre les pouvoirs publiques.

L’émergence du mouvement « Occupy » à Hong Kong et Taipei révèle donc une angoisse commune parmi les jeunes, les classes moyennes et les populations marginales. Cependant, au-delà des discours contre le Capitalisme, il nous semble que le mouvement est plus animé par un lien symbolique avec « Occupy Wall Street » que par l’analyse des singularités locales propre à chaque société. Le mouvement a permis une convergence spatiale des acteurs des divers mouvements pour protester contre le Capitalisme. C’est un premier pas très important. Mais faute d’une analyse propre à chaque société pour expliquer les causes de l’oppression, les « opprimés » – les chômeurs, les victimes de la crise financière, les étudiants endettés, les sans-logis, etc- restent fragmentés au plan théorique et ont ainsi des difficultés à concevoir une stratégie commune d’action.

Autrement dit, privés d’un mouvement de gauche significatif et peu irrigué par la pensée de gauche traditionnelle, la réflexion du mouvement « Occupy » à Hong Kong et Taiwan en reste à une « traduction » du mouvement « Occupy Wall Street » à New York. Pour que la contestation se développe en Asie de l’Est, il faudra que les mouvements développent une analyse des effets de la mondialisation capitaliste en lien avec la réalité locale auxquels ils sont confrontés.


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