Posted by: daniellesabai | 26 August 2011

Immigration chinoise à Paris: Les aventuriers et les naufragés

Isabelle Zhang

Comment expliquer la vague continue d’émigration chinoise vers l’étranger malgré la forte croissance économique en Chine depuis la fin des années 70?

L’analyse de trajectoires de migrants de Paris permet d’identifier deux mouvements parallèles : avec l’ouverture économique et le début des réformes en 1978, l’émigration a été à nouveau autorisée. Dans les régions  où  il  y  avait  une  longue  tradition d’émigration comme dans le Zhejiang ou le Fujian,  celle-ci  est  redevenue  une stratégie  dominante de travailleurs recherchant la  réussite  économique.

Depuis la fin des années 90, on assiste à un autre mouvement migratoire dont les ressorts sont sensiblement différents:  dans les  régions ou les  villes  attaquées  par  la  désindustrialisation,  les licenciements  massifs  et  la  marchandisation  des  services  publiques,  des  femmes  et des hommes  partent  du  pays  pour  survivre.  Ce  double  mouvement,  couplé aux origines régionales et au capital  social  inégal des migrants a  structuré  un marché du travail hiérarchisé au sein de l’économie ethnique, changeant peu à peu le paysage urbain à Paris.

L’évolution de la population des migrants chinois à Paris

La communauté chinoise de la capitale a évolué à travers plusieurs vagues de migrations. Les premiers contacts remontent à 1893 avec l’arrivée à Paris d’un vendeur de pierres précieuses. La première vague d’immigration date de la première guerre mondiale. 14000 ouvriers, principalement de la région de Zhejiang, vinrent à Paris avec un contrat de travail et près de 200 d’entre eux s’installèrent définitivement après la guerre autour de la gare de Lyon où ils ouvrirent des petits commerces. Les liens entre ces familles installées à Paris et leurs proches en Chine se firent plus difficiles après la révolution.

Avec le début de la guerre du Vietnam en 1974, une nouvelle vague de migrants venus du Vietnam, du Cambodge et du Laos arriva en France. Beaucoup d’entre eux avaient des origines dans le sud de la Chine et parlaient le dialecte Chaozhou.

L’ouverture économique en 1978 et la réouverture des frontières, permit le rétablissement des liens entre les familles du Zhejiang et leurs parents établis à Paris. Dans la foulée, des jeunes chinois immigrèrent à Paris, certains par le biais de leurs liens familiaux, et se retrouvèrent massivement dans l’industrie textile, la teinturerie et l’industrie alimentaire.

Les aventuriers

On retrouve dans cette immigration venue principalement du Zhejiang, les caractéristiques d’une migration antérieure à la révolution chinoise et qui a perdurée y compris durant la Révolution culturelle. Son principal objectif est de favoriser la mobilité sociale et donc la réussite économique des paysans venus de nombreux villages du Zhejiang dans l’espoir de lancer leur propre business. Ces migrants peuvent être dépeints comme des aventuriers à la poursuite du « rêve chinois ». Cependant, dans le cas des jeunes nés après 1980, la migration est un choix individuel et est vécue comme un processus irréversible, le retour possible en Chine considéré comme un échec. Les motivations ne se résument plus au seul désir de réussite économique mais bien à la volonté de jeunes paysans de vivre une vie urbaine.

Les naufragés

A la différence de ces jeunes paysans venus  du Zhejiang ou du Fujian l’esprit conquérant et plein de projets et d’ambition, on voit arriver au début des années 2000 de nouveaux migrants avec un profil bien différent. Les nouveaux migrants sont d’origine urbaine et ont en général des origines plus sophistiquées. Ces travailleurs proviennent principalement des régions du Nord de la Chine. Beaucoup d’entre eux sont des ouvriers qualifiés qui ont perdus leur emploi dans les différentes vagues de privatisation des entreprises d’État. Les restructurations et les réformes initiées par Deng Xiaoping ont eu un impact terrible sur les citoyens ordinaires en termes d’emplois, de logement, de santé et d’éducation.

On retrouve parmi ces migrants un certain nombre de points communs à l’origine du choix de migrer. Contrairement aux aventuriers dépeints précédemment, les naufragés ont en général des liens familiaux fragiles ; un travail non satisfaisant tant en termes de compétences que de revenus et des besoins financiers concrets pour éduquer les enfants par exemple. Le choix de migrer est en général pensé comme un choix passager avec le désir de retourner en Chine dès que possible.

On peut donc légitimement parler d’une émigration en vue de fuir la misère, voire de survivre.

Une même communauté de destins

Les différences entre les « aventuriers » et les « naufragés » sont réelles : Ils ne migrent pas avec les mêmes projets et attentes. Ils ne viennent pas des mêmes villes et régions et donc parlent des dialectes différents. Ils n’ont pas le même degré d’éducation.

Pourtant, les difficultés à obtenir un statut légal, des papiers officiels ont amené ces migrants à occuper les mêmes professions et à partager les mêmes appartements. Avec l’accroissement des inégalités sociales en Chine et le renforcement des lois répressives sur l’immigration en Europe, des millions de travailleurs migrants venus de Chine se battent par tous les moyens pour sortir de l’illégalité et vivre dignement.

Il est nécessaire de renforcer notre solidarité avec tous ces travailleurs sans papiers et de nous battre pour leur régularisation. C’est une première étape pour leur permettre de s’opposer à toutes les formes d’exploitations qu’ils subissent et les aider à s’affranchir de la tutelle communautaire.


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